Fantômes à Calcutta

Fantômes à Calcutta
Roman, avec des photos de l’auteur
, Arléa 
520 pages
, 2009

Fantômes à Calcutta est un texte à la croisée de plusieurs genres – carnet de voyage, fiction, roman-photo, anthologie – avec un fil directeur : les fantômes qui hantent Calcutta, ex-capitale de l’Empire britannique des Indes.
Le narrateur entreprend un voyage dans la ville où il a vécu dix ans auparavant, et se confronte au principe de spectralité, qui est l’écho, puissamment mélancolique, du passé dans le présent.
Il retrouve des visages et des lieux, recueille de multiples histoires de fantômes anglais, lit des textes sur le sujet, s’enfonce plus avant dans l’univers spectral de la ville, jusqu’à entendre la voix de celles et ceux qui ont inscrit leur existence dans cette cité « plus vaste que le monde » et y ont péri.
Dans sa structure, le texte fait écho à l’ambiance lente et méditative de la musique indienne, et notamment le râga Malkauns, qui, selon la légende, aurait la vertu d’attirer les fantômes lorsqu’il est joué à la perfection sept fois de suite.
Loin des stéréotypes généralement attachés à Calcutta, et s’appuyant sur son expérience personnelle, Sébastien Ortiz rend ici hommage à une ville à la profondeur humaine et historique exceptionnelle, nourrie de son glorieux passé, riche aujourd’hui comme hier de vie et de poésie, et qui restera, grâce à son exceptionnelle force d’âme, une des villes les plus attachantes du monde.

Ce qu’on en a dit…

« Accompagné de quelques photos prises par l’auteur, Fantômes à Calcutta est superbement écrit, inclassable, magique. L’Inde, passée et présente, y palpite à chaque page. »
Jean-Claude Perrier, Le Figaro littéraire.

« Sébastien Ortiz résume magnifiquement cette ville qui n’a cessé d’opposer les contraires. »
Guy Boyer, Connaissance des arts.

« Les avatars ne manquent pas en Inde, le panthéon hindou accueillant plus de 330 millions de dieux. Mais les ectoplasmes qui occupent Sébastien Ortiz sont anglais et découverts dans les archives de l’Asiatic Society où il trouve assez d’histoires pour nous conter Calcutta du XVIIIème siècle à la décolonisation. Ortiz trouve sa voie narrative en prêtant sa voix littéraire tour à tour douce, pathétique et humoristique, à ces habitants souvent candides dont la principale occupation était de s’adapter avant de mourir, souvent de mort violente. […] Le livre a beau être présenté comme un roman, on n’aurait pas aimé y trouver ce qu’on appelle comiquement du paranormal. On préfère, de loin, le feu d’artifice final d’Ortiz, émouvant dans son échec. L’auteur cherchait des fantômes et rentrera en France sans les avoir trouvés. Il a écrit un livre sur une ville partie et qui ne reviendra jamais, sur sa jeunesse. A moins que ce soit la ville qui ait écrit sur lui se demande-t-il finalement…Vous avez dit normal ? »
Joël Raffier, Sud Ouest Dimanche.

«  Cette fiction (mais en est-ce une ?) joue de différents types d’écrits : le discours du narrateur bien sûr, mais aussi des intermèdes littéraires en compagnie de Kipling ou Satyajit Ray et, plus curieux encore, des monologues de morts anglais ou indiens qui content leur fin souvent tragique. Autre originalité : des photographies, prises par l’auteur, ponctuent les chapitres. Voilà qui aboutit à un récit inclassable…remarquablement écrit, dont les trois parties suivent les mouvements du râga, un cadre mélodique utilisé dans la musique indienne. Fasciné, le lecteur suivra le voyageur jusqu’à son départ, moment où il contemplera une dernière fois la ville, avec l’idée que peut-être « l’identité survit et que les morts sont encore parmi nous comme les souvenirs » »
D.L., Enseignement catholique actualités.

«  Autant le dire, si vous cherchez un livre sur Calcutta, oubliez La cité de la joie et ouvrez plutôt le bouquin de Sébastien Ortiz. Vous découvrirez que la mégapole bengalie n’est pas seulement la ville de Mère Thérésa, c’est aussi la capitale intellectuelle de l’Inde, patrie de Satyajit Ray ou de Tagore. C’est aussi, et c’est moins connu, une ville accueillante aux fantômes. A l’espèce anglo-indienne qu’il débusque dans les bibliothèques de la ville, l’auteur et narrateur ajoute les siens. Jeune diplomate, Il fît ses premières armes au consultat de Calcutta, entre 1995 et 1997. Dix ans plus tard, il revient dans cette ville dont il reste amoureux, retrouve ses amis et rédige ce magnifique texte, à la croisée de plusieurs genres : récit de voyage, carnet de lectures, journal; anthologie… la « quête fantômatique » structurant le tout… (…) L’appellation « roman » qui figure sur la couverture apparaît bien réductrice et ne rend pas compte de la richesse de ce très beau texte, poétique, original et passionnant. »
Les Buveurs d’encre

« (…) tout ce livre bouillonne des spectres en tous genres de cette ville. Qu’une troupe de théâtre vienne jouer Hamlet à Calcutta et l’auteur pense aussitôt au spectre du royal défunt !
Bref, si, au fond, c’est l’âme de Calcutta que l’auteur révèle au lecteur, il va plus loin. En dévoilant aussi beaucoup de sa propre expérience avec cette ville, ses joies, ses amis, ses tristesses, ses propres fantômes, il donne une idée réaliste de la vie dans cette immense agglomération, avec en toile de fond la vie musicale de Calcutta et la présence française dans cette ville.
Si vous appréciez déjà Calcutta ou voulez la découvrir en profondeur et que je ne vous ai pas encore convaincu de lire ce formidable livre, sachez qu’il contient aussi des photographies en noir et blanc prises par l’auteur ! »
Biblioblog

Extrait

« Je m’appelle Calcutta. Je suis sans âge. Je suis née du deuil de Shiva pleurant sa femme Sati, avatar de Kali. Je suis née de sa rage et de sa douleur : Shiva plaça le corps de la morte sur ses épaules et commença à tournoyer, à tournoyer, ivre de vertige et de puissance. Les autres dieux décidèrent que Shiva devait être stoppé car sa danse de furie menaçait de détruire le monde. Ils chargèrent Vishnu – Celui qui Préserve – de cette mission. Vishnu lança son chakra à travers l’espace. Le disque acéré trancha le corps de Kali en cinquante-deux morceaux et les dispersa aux quatre coins de la Terre. Déchargé du fardeau de sa souffrance, Shiva cessa sa danse de folie et le monde fut sauvé. L’orteil de Kali tomba au Bengale, sur l’une des berges de la grande rivière connue sous le nom de Hoogly et qui s’écoule depuis le Gange très sacré. Un temple fut construit et dédié à la déesse Kali. Un village se développa autour de lui que l’on baptisa « Kalikata », ce qui signifie littéralement : « un morceau de Kali », et qui est moi. Je m’appelle Calcutta et je suis née d’un deuil.

Je m’appelle Calcutta. J’ai bientôt quatre cents ans. Je suis née du Gange qui me traverse et m’irrigue et colle sa folie de boue contre mes palais. Mes fils et mes filles convergent vers les rives inclinées du fleuve : depuis l’aube jusqu’au crépuscule les nouveaux-nés s’y font baptiser, les femmes s’y baignent pour obtenir fertilité, les ascètes et les eunuques y trempent leur sagesse silencieuse, les mourants s’y purifient avant le Grand Passage et les statues de terre y agonisent dans la liesse des pujas d’automne. Clippers et steamers chargés d’opium et de thé ont fait jadis ma richesse mais ils ne viennent plus. Seuls les flots boueux s’écoulent depuis les montagnes et traversent successivement Bhatpara, Chandernagor, Serampur, Konnagar, Chitpur et ils arrachent chaque fois un peu plus de ma rouille, rabotent un peu davantage mes digues et mes murailles, et un jour viendra où ils m’emporteront tout entière dans l’embouchure où est la jungle, et alors je retournerai au marais d’où je suis sorti. Je m’appelle Calcutta et je suis née du Gange.

Je m’appelle Calcutta et je suis née de la maladie et de l’infection. Des médecins anglais m’ont enfantée en soignant les empereurs. En l’an 1636, un Dr Boughton, guérit la fille du grand Shah Jahan et obtint pour son peuple des privilèges qui lui permirent d’établir ses premières factoreries sur la terre du Bengale. Un siècle plus tard, un Dr Hamilton trouva le remède pour soigner l’Empereur Farrukhsiyar d’un trouble douloureux et obtint pour son peuple encore un peu plus de terre et des privilèges encore un peu plus exorbitants. Avec les maux de dents de nos souverains les Anglais ont construit un Empire à partir de ce qui n’était qu’un marécage pestilentiel. Je leur rendis la monnaie de leur pièce et renvoyai à leur Créateur les fils et les filles de ces Anglais trop faibles et trop chétifs pour supporter mes touffeurs nauséabondes. Je m’appelle Calcutta et je suis née de la maladie et de l’infection.

Je suis Calcutta la maquerelle. MALKAUNS !

Je suis Calcutta l’ogresse et la buveuse de sang. MALKAUNS !

Je suis Calcutta la mère consolatrice. MALKAUNS ! »
© Arléa, 2009.

A lire : un article de Guillaume Marbot dans le numéro de mars 2010 de L’Atelier du roman intitulé « Fantômes en modernité ».

Couverture des traductions en langue étrangère : anglais

Traduction en cours : bengali