Palmarès 2018 : Séries
9 janvier 2019

Une seule, et qui écrase toutes les autres : Twin Peaks (Saison 3) de David Lynch



Palmarès 2018 : Films
9 janvier 2019





Ou le (quasi) triomphe du noir et blanc :

1. Roma d’Alfonso Cuarón
2. Cold War de Pawel Pawlikovski
3. Burning de Lee Chang-Dong
4. Bob le flambeur de Jean-Pierre Melville
5. Leto de Kirill Serebrennikov



Palmarès 2018 : Livres
9 janvier 2019






Cédant à la coutume saisonnière, voici, sans développements inutiles (certains ouvrages ont déjà été chroniqués ici), les livres lus pendant l’année qui m’ont le plus touché :

1. Martin Eden de Jack London
2. Mes amis d’Emmanuel Bove
3. Les années d’Annie Ernaux
4. La tante Julia et le scribouillard de Mario Vargas Llosa
5. L’amie prodigieuse d’Elena Ferrante
6. Limonov d’Emmanuel Carrère



Amor
29 décembre 2018

L’année s’achève par un éblouissement : « Roma » d’Alfonso Cuarón. Au-delà de la polémique liée à sa diffusion quasi exclusive sur la plateforme Netflix, le film m’a absolument subjugué par la beauté inouïe de sa photo, par sa mise en scène miraculeuse et par l’humanité vibrante qui se dégage de ces souvenirs d’enfance dans le Mexique des années 1970 vus à travers le quotidien d’une touchante employée de maison dans une famille de la haute bourgeoisie que n’épargnent pas les désillusions. Pourquoi certains films sont-ils oubliés en quelques jours ? Pourquoi d’autres, comme celui-ci, marquent-ils l’âme de chacun de leurs plans, de chacun de leurs scènes, de chacune de leurs ellipses ? Le verrais-je des dizaines de fois que sa beauté cristalline n’en serait pas épuisée.



Le passage des années
26 décembre 2018

Je ne sais toujours pas comment Annie Ernaux a fait pour parvenir, dans Les années, à mêler de manière aussi intelligente et aussi convaincante récit de vie et chronique sociale. Les écueils étaient pourtant nombreux qui auraient pu faire pencher le livre un peu trop dans l’un (l’autofiction) ou un peu trop dans l’autre (le journalisme), au risque de la banalité. Au lieu de quoi Annie Ernaux parvient à l’équilibre parfait où la mémoire affective d’une femme se fond dans le récit collectif d’une époque. La romancière, à l’intérieur de son texte, explicite son projet tout en faisant part de ses doutes quant à sa capacité de le réaliser, si bien qu’on se retrouve dans l’atelier de l’artiste :

« Elle voudrait réunir ces multiples images d’elle, séparées, désaccordées, par le fil d’un récit, celui de son existence, depuis sa naissance pendant la Seconde Guerre mondiale jusqu’à aujourd’hui. Une existence singulière donc mais fondue aussi dans le mouvement d’une génération. » (p.187)

« Ce qui compte pour elle, c’est au contraire de saisir cette durée qui constitue son passage sur la terre à une époque donnée, ce temps qui l’a traversée, ce monde qu’elle a enregistré rien qu’en vivant. » (p.250)



Middlesex
15 décembre 2018

Je suis toujours très admiratif de l’amplitude et du souffle de certains grands romans américains, que l’on retrouve trop rarement dans la production française. J’en ai eu une nouvelle illustration à la lecture de « Middlesex » (2002) de Jeffrey Eugenides, publié neuf ans après le livre qui l’a fait connaître, « Virgin Suicides », remarquablement adapté au cinéma par Sofia Coppola.
« Middlesex » est une grande épopée sur le thème de l’hermaphrodisme. On y rencontre d’abord, en 1922, un couple attachant et incestueux de Grecs fuyant Smyrne incendiée par les Turcs, dans des épisodes décrits magistralement. Puis c’est l’émigration aux Etats-Unis où l’on suit la jeunesse et l’adolescence de la petite-fille de ce couple d’exilés, Calliope Stephanides, surnommée Cal. Cal, en raison d’un gène récessif, est en proie à un trouble identitaire sérieux puisqu’elle se découvre, morphologiquement d’abord, psychologiquement ensuite, ni totalement fille ni vraiment garçon. Le livre se transforme alors en un roman d’apprentissage (on sait qu’Eugenides est expert en adolescence !) doublé de la chronique sociale d’une Amérique de la classe moyenne de la région de Detroit. C’est aussi un livre sur l’irruption des schémas mythologiques anciens dans notre modernité et la preuve que ceux-ci continuent de diriger nos vies. Le tout est vif, virevoltant, ponctué d’épisodes assez inoubliables. Deuxième roman d’Eugenides que je lis, deuxième chef d’oeuvre.



Avant l’aurore
5 décembre 2018

Je suis tombé l’autre jour par hasard, sur Arte, sur un film que je ne connaissais pas consacré aux dernières années de Stefan Zweig et qui s’est révélé une très agréable surprise. Il s’agit de « Vor der Morgenröte » (Avant l’aube) de l’actrice et réalisatrice allemande Maria Schrader, dont le (mauvais) titre français est « Stefan Zweig : adieu à l’Europe« . L’originalité du film est qu’il esquive le traditionnel biopic pour se consacrer à quelques vignettes d’ambiance, quelques séquences qui donnent à voir un Stefan Zweig épuisé par l’exil, devenu fantôme de lui-même malgré les sollicitations continuelles de son public d’admirateurs. On le voit ainsi lors du congrès du PEN Club à Buenos Aires, dans un appartement new-yorkais, dans une plantation de canne à sucre à Bahia ou bien dans les rues de Petrópolis, où il mettra fin à ses jours. Mais c’est comme s’il n’y était déjà plus, et à la mélancolie qui habite cet artiste au bout du rouleau répond avec intelligence une mise en scène méditative, qui révèle avec une grande efficacité, derrière le rideau du quotidien, la tragédie d’un homme qui se confond avec celle du siècle.



D’un best seller bien lisse
24 novembre 2018

Je viens de finir un livre mythique vendu à plus de 30 millions d’exemplaires dans le monde, qui a obtenu le prix Pulitzer en 1961 et qui, selon plusieurs sondages, est le livre préféré des Américains. Et pourtant, à la lecture de Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur de Harper Lee, je n’ai pu m’empêcher de me dire que le livre valait plus par son intérêt documentaire (la ségrégation dans le sud des Etats-Unis au moment de la Grande Dépression) que par des qualités proprement littéraires. D’abord, le livre est trop long, truffé de digressions et de dialogues inutiles. Ensuite, il choisit le point de vue d’une petite fille, surnommée Scout, mais échoue à nous conférer l’illusion que c’est elle qui parle quand bien même l’auteure utilise la première personne du singulier. Le Momo de La vie devant soi, par exemple, est autrement plus convaincant ! Et puis il y a ce manichéisme facile, ces bons sentiments qui dégoulinent avec notamment ce père, Atticus, si irréprochable moralement, qui s’oppose à un bouseux raciste. Le résultat est que l’on a assez vite l’impression de visionner l’un de ces films au service des valeurs morales que produisait à tour de bras Hollywood dans les années 1950. Bref, c’est un peu court.



Chassé-croisé in black and white
17 novembre 2018

« Cold War » de Pawel Pawlikowski distille un envoûtement tenace. Le film, tourné dans un noir et blanc sublime et porté par des mélodies magnifiques, est chargé d’une grâce que le cinéma contemporain nous offre trop rarement. Le destin contrarié de Wiktor et de la belle Zula épouse celui de l’Europe de la guerre froide. Lui appartient à l’intelligentsia citadine. C’est un musicien de talent que le gouvernement communiste polonais charge de constituer un ensemble folklorique destiné à faire la promotion des cultures traditionnelles. La jeune Zula, effrontée et charmeuse, intègre la troupe et séduit Wiktor. Quelques années plus tard, celui-ci passe à l’Ouest et devient pianiste dans un club de jazz de Saint-Germain-des-Prés. Il broie du noir car Zula a refusé de quitter la Pologne et de le suivre. Quelques années plus tard, elle rejoint son grand amour avant d’être à nouveau séparé de lui.
Pawlikowski, dont j’avais adoré le précédent film, « Ida » (2014), possède à la perfection l’art subtil de l’ellipse : le film se déroule sur une période de 15 ans mais ne nous donne à voir que les séquences les plus intenses de ce couple en pointillés. Le reste, les trous, c’est à l’imaginaire du spectateur de les combler, si bien que rien ne pèse, rien n’est démonstratif, tout est sublimé. « Cold War » (qui aurait mérité un titre plus poétique) est le film le plus romantique que j’aie vu depuis longtemps. Les êtres y sont si légers que cela en serait presque insoutenable.



Requiem pour Miss Lonelyhearts
30 octobre 2018

Je suis tombé par hasard sur un blog espagnol consacré au cinéma et qui évoque sympathiquement l’actrice Judith Evelyn et mon roman Mademoiselle Coeur solitaire. Le blog évoque même « el prestigioso escritor francés Sébastien Ortiz » ce qui est flatteur mais bien loin de la réalité !

L’article se trouve <<ici>>.