Requiem pour Miss Lonelyhearts
30 octobre 2018

Je suis tombé par hasard sur un blog espagnol consacré au cinéma et qui évoque sympathiquement l’actrice Judith Evelyn et mon roman Mademoiselle Coeur solitaire. Le blog évoque même « el prestigioso escritor francés Sébastien Ortiz » ce qui est flatteur mais bien loin de la réalité !

L’article se trouve <<ici>>.



Voyager en Inde
24 octobre 2018


Le voyage aux Indes est presque un genre littéraire en soi et il serait trop fastidieux d’énumérer ici les grandes plumes qui s’y sont prêtées. Voici deux romans réjouissants relatant un voyage en Inde qui, conformément à la loi du genre, ne se déroule pas tout à fait comme prévu. Dans Indigo, Catherine Cusset met en scène le truculent voyage d’un groupe d’intellectuels français dans le cadre d’un grand festival culturel que l’on devine être Bonjour India. Certes, l’Inde (du Sud notamment) ne sert que de toile de fond et de catalyseur aux névroses de personnages plus vrais que nature (comme ce Roland, pathétique intellectuel sexagénaire, libertin et atrabilaire), mais écrire sur l’Inde d’un point de vue occidental c’est aussi faire le récit de ces stupeurs et ces incompréhensions et Catherine Cusset excelle à les mettre en scène.
Avec Vacances indiennes, le Britannique William Sutcliffe prend le parti de la dérision. En faisant le récit désopilant des mésaventures d’un jeune Anglais qui a fait l’erreur de s’embarquer pour un voyage en Inde dans le seul but de séduire la jolie fille qu’il convoite, il a écrit le livre définitif, comme on dit, sur cette espèce particulière (et, je dois dire, assez risible) de voyageurs que sont les routards en Inde. Et c’est très réussi.



Limonov à Chisinau
29 septembre 2018





Le voyageur authentique est friand de destinations improbables. C’est ainsi que je suis allé passer quelques jours en Moldavie. Les touristes ne s’y pressent pas et nul ne s’en plaindrait. Chisinau est une petite ville au charme très soviétique – très anachronique, donc. Il n’y a pas grand-chose à y voir mais il fait bon y déambuler. J’y ai donc beaucoup marché, au hasard des boulevards, et lorsque mes pas m’amenaient dans un jardin public, je m’asseyais pour lire Limonov d’Emmanuel Carrère. Une lecture si passionnante, qui se fondait si bien dans le décor, que j’en oubliais tout le reste. Ainsi me fut-il donné de découvrir le destin exceptionnel de ce trublion qui fut successivement voyou en Ukraine, idole de l’underground à Moscou, clochard puis valet de chambre d’un milliardaire à Manhattan, écrivain branché à Paris, soldat perdu dans les guerres des Balkans avant de devenir le vieux chef charismatique d’un parti nationaliste en Russie. Emmanuel Carrère, que je tiens pour l’un de nos plus remarquables auteurs, investit sans la juger cette figure complexe et finalement attachante qui relève autant du salaud que du génie. A travers Limonov, il nous offre le tableau saisissant d’une Russie déboussolée que tantôt l’on adore, tantôt l’on déteste, mais qui jamais ne nous laisse indifférents.



Douce brûlure
9 septembre 2018

Comme apparemment de nombreux critiques qui l’ont découvert lors du dernier Festival de Cannes, j’ai été bluffé par le dernier film de Lee Chang-dong, Burning, actuellement sur les écrans. Inspiré d’une nouvelle de Murakami, dont il a su conserver les brumes narratives, il associe le meilleur du thriller (avec des scènes de filature qui font écho à Vertigo) et une licence contemplative qui rappelle par moment le cinéma de Kim Ki-duk. Les acteurs sont impeccables et le film offre quelques purs moments de cinéma (je pense en particulier à une séquence où la jeune femme cède au kairos et se met à danser seins nus dans la nuit fraîche d’une campagne où l’on entend, au loin, résonner les hauts-parleurs de la propagande nord-coréenne). Hypnotisant.



Parmi les geishas
31 août 2018

Avec son livre Les geishas (Arléa 1988, réédité en 2010), le grand reporter Robert Guillain (1908-1998), qui a passé quarante ans de sa vie en Asie, nous offre une incursion rare dans ce « monde des fleurs et des saules » qui sert de sous-titre à son livre. Ce n’est ni un roman, ni un essai, mais une promenade dans les souvenirs nippons d’un homme qui, sans céder jamais ni à l’exotisme facile ni au didactisme pesant, consent à partager son amour pour ces gardiennes d’une tradition unique en son genre et souvent mal comprise. Les geishas et les maiko que l’on croise au fil de ces souvenirs sont attachantes et le livre fourmille d’anecdotes vécues que l’on se prend à envier tant cet univers nous paraît, à nous, impénétrable.
C’est un monde éphémère et flottant dont un auteur ancien, cité par Guillain, décrit ainsi l’esprit : « Vivre avec le moment, regarder la lune, la neige, les fleurs et les feuilles d’automne, aimer le vin, les femmes et les chants, et se laisser aller dans le courant de la vie comme la gourde creuse qui descend l’eau du fleuve.« 



Thyeste ou l’ivresse de la vengeance
20 août 2018

Je n’étais pas en Avignon cette année. J’ai donc raté le « Thyeste » de Thomas Jolly donné dans la Cour d’honneur du Palais des papes. Qu’à cela ne tienne : grâce à la magie du replay, j’ai pu voir il y a quelques jours la captation du spectacle et comprendre un peu mieux les raisons de l’engouement suscité par le travail de ce jeune metteur en scène. Le spectacle est très impressionnant et Jolly coche toutes les cases, comme on dit, de ce qui fait un succès théâtral : un texte puissant (une tragédie de Sénèque), des comédiens faisant corps avec leur rôle (dont T. Jolly dans le rôle principal), des costumes et des décors flamboyants, un rythme soutenu, une ambiance musicale convaincante (forcément sombre, ici) et d’intelligentes trouvailles de mise en scène (en 2018, le choeur antique slame par la voix d’une comédienne inspirée !) Je regrette de n’avoir pu assister au spectacle en live mais sa captation lui fait parfaitement honneur.



Contemplation
13 août 2018

À Libération qui, en 1985, l’interrogeait sur les raisons pour lesquelles il écrivait, l’écrivain britannique V. S. Naipaul, disparu avant-hier, faisait la réponse suivante, que je trouve très juste :

« Ne pas écrire, c’est ne pas contempler ; ne pas contempler, c’est se révéler incapable d’extraire le sens réel, la pleine valeur de son expérience ; c’est laisser la vie, le temps, s’écouler sans avoir de signification.« 



La solitude du bonsaï
5 août 2018


Je suis très heureux d’annoncer la sortie aux éditions Arthaud, au début de l’année 2019, de mon prochain roman, intitulé : « La solitude du bonsaï ». J’en reparlerai bien sûr le moment venu. Encore un peu de patience !



Deux barbus barbants
27 juillet 2018

Voici deux classiques qui, sans ma persévérance quelque peu masochiste, me seraient tombés des mains.

Les Démons (Les Possédés) de Dostoïevski traînait dans ma bibliothèque depuis des lustres. Je ne sais si le tort est à trouver du côté de la traduction (1955) mais toujours est-il que je m’y suis ennuyé ferme. C’est long, très long, ça parle beaucoup sans jamais s’élever au niveau de la passion comme dans Crime et châtiment ou Les frères Karamazov. L’essentiel du livre est dialogué et se passe en intérieur, ce qui donne un certain effet boulevardier que je ne m’attendais pas à trouver chez Dostoïevski. Malgré la place qu’avait l’écrivain pour développer leur psychologie, les personnages principaux (Stavroguine, Verkhovenski, Lebiadkine, Chatov, Lipoutine) manquent de consistance ou sont réduits à des caricatures grotesques ce qui est un comble car c’est habituellement le point fort du maître des lettres russes. La trame, quant à elle, est d’une complexité rebutante. Peut-être cela s’explique-t-il par le projet de Dostoïevski qui était de rédiger un pamphlet (c’est-à-dire d’illustrer une idéologie) visant à dénoncer une doctrine nihiliste dont lui-même a fait le frais ?

Le lys rouge est l’un des romans les plus connus d’Anatole France « de l’Académie Française », Prix Nobel 1921. Je ne m’étonne plus que celui qui fut le grand écrivain de son temps, admiré par Proust qui en fit le modèle de Bergotte dans La Recherche, ne soit guère plus lu. La star des lettres de son époque se complaît en effet à décrire la haute société parisienne dans un style vieilli et ampoulé qui n’a pas résisté à l’épreuve du temps. Derrière la petite histoire d’amour qui sert de prétexte au roman, on a l’impression de voir les derniers feux d’un monde sur le point d’agoniser avec la Première guerre mondiale, aussi éloigné que pouvait l’être celui de la cour à Versailles, mais dont Proust, lui, est parvenu à rendre sensible la mélancolie de sa disparition là où France nous immunise contre cette tentation.



Sur « Mademoiselle Coeur Solitaire »
7 juillet 2018

Mme Margareth Amatulli, chercheuse et enseignante à l’université d’Urbino en Italie, a consacré l’année dernière (mais je suis tombé dessus récemment), dans la revue « Linguae & – Rivista di lingue et culture moderne », une étude brillante à Mademoiselle Coeur Solitaire en relation avec le chef d’oeuvre d’Hitchcock « Fenêtre sur cour » dont mon livre est une manière de remake jouant sur les différents points de vue. Il va sans dire que je suis très heureux que l’université s’intéresse à mon travail, de manière aussi intelligente qui plus est.
L’article en question est sous-titré : « De l’écran à la page : une régulation des regards ». Pour ceux que l’italien n’effraie pas, il peut être lu en intégralité ici.