En Sicile avec Lawrence Durrell
22 mars 2019





Il y a quelques mois, j’ai effectué un tour de la Sicile avec Lawrence Durrell – ou plutôt, avec sa chronique de voyage intitulée « Le Carrousel sicilien ». C’est loin d’être le meilleur livre de l’auteur britannique mais il demeure réjouissant de le suivre dans sa pérégrination, à la fois caustique, érudite et amoureuse. J’ai effectué une boucle antihoraire en partant de Palerme ; lui est arrivé à Catane et est reparti de Taormine. Son voyage, à l’été 1976, en compagnie d’autres touristes hauts en couleur compressés à bord d’un petit autocar rouge, lui permet d’égrener le chapelet de toutes ces antiques cités dont les sonorités feront toujours rêver (Syracuse, Sélinonte, Erice, Ségeste…) et l’histoire fascine. C’est aussi l’occasion pour lui de se replonger dans les lettres siciliennes qu’une de ses amies, décédée, lui adressait alors qu’il vivait à Chypre. Ah, Méditerranée, quand tu nous tiens !..



Mektoub à la plage
18 mars 2019


Un hasard a fait que, la semaine où je voyais enfin « Mektoub My Love » (2018) d’Abdellatif Kechiche, pur chef d’oeuvre scandaleusement oublié lors de la dernière cérémonie des Césars, Arte rediffusait les « Contes des quatre saisons » d’Eric Rohmer. Mettre côte à côte le film de Kechiche et « Conte d’été » (1996) de Rohmer n’est pas inintéressant. A première vue, tout les oppose. D’un côté un film irradié de soleil, une ode aux corps intrinsèquement méditerranéenne, d’un naturalisme rarement vu au cinéma grâce à une direction d’acteur exceptionnelle (je n’ai pas vu passer ses 3 heures et ai vécu la projection comme si j’avais la vraie vie sous les yeux). De l’autre, au contraire, un film davantage baigné de contrastes, plus atlantique, plus cérébral, privilégiant un jeu d’acteurs plus artificiel, davantage dans la retenue que dans l’effusion. Et pourtant, dans les deux films, le marivaudage est le même, porté à chaque fois par des dialogues fournis. Si bien que les différences patentes d’approche entre les deux cinéastes finiraient presque par s’annuler dans une célébration identique du verbe et de la jeunesse.



Sur un fil
22 février 2019

Réussir un livre-chorale implique d’éviter un certain nombre d’écueils. Sans un solide fil directeur sous-tendant le propos, sans les multiples liens qui attachent les histoires les unes aux autres, le risque de la juxtaposition et de l’artificialité guettent. L’écrivain irlandais Colum McCann, dans son roman Et que le vaste monde poursuive sa course folle, qui lui a valu le National Book Award en 2009, ne tombe dans aucun de ces chausse-trapes. Son fil directeur, c’est celui, d’acier, que tend le funambule français Philippe Petit entre les deux tours du World Trade Center en ce matin du 7 août 1974. Tout le livre se déploiera à partir de cette vision d’un homme en équilibre dans le ciel. Il y un un curé irlandais qui a fait voeu de s’occuper de prostituées junkies. Il y a les membres d’un groupe de parole rassemblant des femmes ayant perdu leur(s) enfant(s) à la guerre du Vietnam. Il y a deux jeunes artistes à la dérive. Chaque personnage, à un moment ou à un autre, va croiser le parcours d’un autre, de manière soit anecdotique, soit tragique, alors que la figure éthérée du funambule paraît assujettir et sublimer les miasmes d’une ville prise dans les rets de sa propre folie.



Encore un peu de patience
25 janvier 2019

Bientôt dans toutes les bonnes librairies : « La solitude du bonsaï » (Arthaud)



Des livres qui n’impriment pas
20 janvier 2019

Il est étrange que certains livres – et à l’intérieur de certains livres, certaines scènes ou bien une certaine atmosphère – nous marquent si durablement que leur souvenir vient nous visiter régulièrement, quand d’autres disparaissent si largement de notre mémoire que l’on en vient à douter de les avoir jamais ouverts. C’est le cas des ouvrages suivants, que j’ai retrouvés dans ma pile des livres lus ces derniers mois et dont je peine à me souvenir précisément. Il n’est pas exclu d’ailleurs que la faute m’en revienne et pas seulement à leur auteur. La mémoire, en effet, a ses raisons que la raison ignore et il serait vain d’énumérer toutes celles pour lesquelles certains livres impriment et d’autres pas :

- Les carnets du sous-sol de Dostoïevski : je me rappelle vaguement qu’il s’agit du soliloque sans grand intérêt d’un homme fortement tourmenté.
- La Belle Rémoise de Hubert Haddad : dans un style ampoulé, un homme suit une jolie femme dans les rues de Reims. Et après ?
- Raffles Hotel de Ryû Murakami : avec pour toile de fond le célèbre palace de Singapour, un chassé-croisé polyphonique de personnages inexistants.
- Les arpenteur du monde de Daniel Kehlmann : un appétissant récit mettant en scène le grand explorateur Alexander von Humboldt et le mathématicien Carl Friedrich Gauss. C’est très documenté, très bien écrit mais la virtuosité du jeune auteur n’a pas suffi pour me tenir en haleine.
- Les belles images de Simone de Beauvoir : un roman de moeurs daté sur une femme recherchant l’accomplissement.
- Rapport sur moi de Grégoire Bouillier : j’ai passé à un bon moment à la lecture de cet autoportrait intelligent et drôle, mais j’aurais du mal à en dire davantage car j’ai tout oublié du livre.
- Le port intérieur d’Antoine Volodine : je me souviens vaguement d’un néo-thriller très (trop ?) stylé situé Macao, mais de rien d’autre.
- Vita Brevis de Jostein Gaarder : le dialogue aussi improbable qu’artificiel entre une femme et le futur Saint-Augustin, prétexte grossier pour exposer la philosophie de ce dernier.
- Le docteur Faustus de Thomas Mann : traité indigeste sur la musique dodécaphonique masqué en roman. Le plus daté, le moins indispensable des livres du grand écrivain allemand (que j’admire beaucoup par ailleurs).



Joséphine
16 janvier 2019



Après la réussite qu’avait constitué son « Kiki de Montparnasse » en 2007, que j’avais beaucoup aimé, puis un « Olympe de Gouges » en 2012, le duo Catel & Bocquet s’est attaqué, dans une récente (2016) et très exhaustive biographie graphique, à une autre figure de femme forte, la grande Joséphine Baker. En plus de 450 pages, on y suit le destin exceptionnel, présentant autant de facettes que la boule du même nom, d’une femme de tête tour à tour enfant pauvre dans le Sud ségrégationniste, épouse précoce, saltimbanque, danseuse d’une troupe itinérante, star du music-hall et coqueluche du tout-Paris des Années Folles, amante multiple (dont Simenon et Le Corbusier !), résistante, philanthrope, mère adoptive d’une tribu arc-en-ciel de douze orphelins, égérie de l’émancipation des Noirs en Amérique, star mondiale sur le retour, vieille dame percluse de dettes. Quel destin ! J’ai appris beaucoup de choses que j’ignorais sur une figure faisant partie de notre patrimoine culturel mais dont, finalement, comme la plupart, je ne savais pas grand-chose. Le dessin en noir et blanc de Catel est léger et riche à la fois et contribue à l’attachement que l’ont ressent pour la jolie Joséphine, dessinée depuis son enfance jusqu’à sa vieillesse. On sent qu’une documentation importante a été nécessaire à la rédaction d’une telle somme. Celle-ci, d’ailleurs, se clôt par plus de 80 pages de notices biographiques très intéressantes où se croisent certaines des plus grandes figures du XXème siècle, dont Joséphine a croisé le chemin.



Palmarès 2018 : Jeux vidéo
9 janvier 2019



Voici les jeux auxquels j’ai le plus aimé jouer en 2018 :

1. Grant Theft Auto V (Rockstar)
2. The Last Guardian (Japan Studio)
3. Wolfenstein II (Bethesda)



Palmarès 2018 : Musique
9 janvier 2019

Ecouté en boucle tout au long de l’année : la Fantaisie en ré mineur K.397 de Mozart



Palmarès 2018 : Séries
9 janvier 2019

Une seule, et qui écrase toutes les autres : Twin Peaks (Saison 3) de David Lynch



Palmarès 2018 : Films
9 janvier 2019





Ou le (quasi) triomphe du noir et blanc :

1. Roma d’Alfonso Cuarón
2. Cold War de Pawel Pawlikovski
3. Burning de Lee Chang-Dong
4. Bob le flambeur de Jean-Pierre Melville
5. Leto de Kirill Serebrennikov