Sur un fil
22 février 2019

Réussir un livre-chorale implique d’éviter un certain nombre d’écueils. Sans un solide fil directeur sous-tendant le propos, sans les multiples liens qui attachent les histoires les unes aux autres, le risque de la juxtaposition et de l’artificialité guettent. L’écrivain irlandais Colum McCann, dans son roman Et que le vaste monde poursuive sa course folle, qui lui a valu le National Book Award en 2009, ne tombe dans aucun de ces chausse-trapes. Son fil directeur, c’est celui, d’acier, que tend le funambule français Philippe Petit entre les deux tours du World Trade Center en ce matin du 7 août 1974. Tout le livre se déploiera à partir de cette vision d’un homme en équilibre dans le ciel. Il y un un curé irlandais qui a fait voeu de s’occuper de prostituées junkies. Il y a les membres d’un groupe de parole rassemblant des femmes ayant perdu leur(s) enfant(s) à la guerre du Vietnam. Il y a deux jeunes artistes à la dérive. Chaque personnage, à un moment ou à un autre, va croiser le parcours d’un autre, de manière soit anecdotique, soit tragique, alors que la figure éthérée du funambule paraît assujettir et sublimer les miasmes d’une ville prise dans les rets de sa propre folie.



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