Le passage des années
26 décembre 2018

Je ne sais toujours pas comment Annie Ernaux a fait pour parvenir, dans Les années, à mêler de manière aussi intelligente et aussi convaincante récit de vie et chronique sociale. Les écueils étaient pourtant nombreux qui auraient pu faire pencher le livre un peu trop dans l’un (l’autofiction) ou un peu trop dans l’autre (le journalisme), au risque de la banalité. Au lieu de quoi Annie Ernaux parvient à l’équilibre parfait où la mémoire affective d’une femme se fond dans le récit collectif d’une époque. La romancière, à l’intérieur de son texte, explicite son projet tout en faisant part de ses doutes quant à sa capacité de le réaliser, si bien qu’on se retrouve dans l’atelier de l’artiste :

« Elle voudrait réunir ces multiples images d’elle, séparées, désaccordées, par le fil d’un récit, celui de son existence, depuis sa naissance pendant la Seconde Guerre mondiale jusqu’à aujourd’hui. Une existence singulière donc mais fondue aussi dans le mouvement d’une génération. » (p.187)

« Ce qui compte pour elle, c’est au contraire de saisir cette durée qui constitue son passage sur la terre à une époque donnée, ce temps qui l’a traversée, ce monde qu’elle a enregistré rien qu’en vivant. » (p.250)



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