Middlesex
15 décembre 2018

Je suis toujours très admiratif de l’amplitude et du souffle de certains grands romans américains, que l’on retrouve trop rarement dans la production française. J’en ai eu une nouvelle illustration à la lecture de « Middlesex » (2002) de Jeffrey Eugenides, publié neuf ans après le livre qui l’a fait connaître, « Virgin Suicides », remarquablement adapté au cinéma par Sofia Coppola.
« Middlesex » est une grande épopée sur le thème de l’hermaphrodisme. On y rencontre d’abord, en 1922, un couple attachant et incestueux de Grecs fuyant Smyrne incendiée par les Turcs, dans des épisodes décrits magistralement. Puis c’est l’émigration aux Etats-Unis où l’on suit la jeunesse et l’adolescence de la petite-fille de ce couple d’exilés, Calliope Stephanides, surnommée Cal. Cal, en raison d’un gène récessif, est en proie à un trouble identitaire sérieux puisqu’elle se découvre, morphologiquement d’abord, psychologiquement ensuite, ni totalement fille ni vraiment garçon. Le livre se transforme alors en un roman d’apprentissage (on sait qu’Eugenides est expert en adolescence !) doublé de la chronique sociale d’une Amérique de la classe moyenne de la région de Detroit. C’est aussi un livre sur l’irruption des schémas mythologiques anciens dans notre modernité et la preuve que ceux-ci continuent de diriger nos vies. Le tout est vif, virevoltant, ponctué d’épisodes assez inoubliables. Deuxième roman d’Eugenides que je lis, deuxième chef d’oeuvre.



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