Chassé-croisé in black and white
17 novembre 2018

« Cold War » de Pawel Pawlikowski distille un envoûtement tenace. Le film, tourné dans un noir et blanc sublime et porté par des mélodies magnifiques, est chargé d’une grâce que le cinéma contemporain nous offre trop rarement. Le destin contrarié de Wiktor et de la belle Zula épouse celui de l’Europe de la guerre froide. Lui appartient à l’intelligentsia citadine. C’est un musicien de talent que le gouvernement communiste polonais charge de constituer un ensemble folklorique destiné à faire la promotion des cultures traditionnelles. La jeune Zula, effrontée et charmeuse, intègre la troupe et séduit Wiktor. Quelques années plus tard, celui-ci passe à l’Ouest et devient pianiste dans un club de jazz de Saint-Germain-des-Prés. Il broie du noir car Zula a refusé de quitter la Pologne et de le suivre. Quelques années plus tard, elle rejoint son grand amour avant d’être à nouveau séparé de lui.
Pawlikowski, dont j’avais adoré le précédent film, « Ida » (2014), possède à la perfection l’art subtil de l’ellipse : le film se déroule sur une période de 15 ans mais ne nous donne à voir que les séquences les plus intenses de ce couple en pointillés. Le reste, les trous, c’est à l’imaginaire du spectateur de les combler, si bien que rien ne pèse, rien n’est démonstratif, tout est sublimé. « Cold War » (qui aurait mérité un titre plus poétique) est le film le plus romantique que j’aie vu depuis longtemps. Les êtres y sont si légers que cela en serait presque insoutenable.



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