Archive pour novembre 2018
D’un best seller bien lisse
24 novembre 2018

Je viens de finir un livre mythique vendu à plus de 30 millions d’exemplaires dans le monde, qui a obtenu le prix Pulitzer en 1961 et qui, selon plusieurs sondages, est le livre préféré des Américains. Et pourtant, à la lecture de Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur de Harper Lee, je n’ai pu m’empêcher de me dire que le livre valait plus par son intérêt documentaire (la ségrégation dans le sud des Etats-Unis au moment de la Grande Dépression) que par des qualités proprement littéraires. D’abord, le livre est trop long, truffé de digressions et de dialogues inutiles. Ensuite, il choisit le point de vue d’une petite fille, surnommée Scout, mais échoue à nous conférer l’illusion que c’est elle qui parle quand bien même l’auteure utilise la première personne du singulier. Le Momo de La vie devant soi, par exemple, est autrement plus convaincant ! Et puis il y a ce manichéisme facile, ces bons sentiments qui dégoulinent avec notamment ce père, Atticus, si irréprochable moralement, qui s’oppose à un bouseux raciste. Le résultat est que l’on a assez vite l’impression de visionner l’un de ces films au service des valeurs morales que produisait à tour de bras Hollywood dans les années 1950. Bref, c’est un peu court.



Chassé-croisé in black and white
17 novembre 2018

« Cold War » de Pawel Pawlikowski distille un envoûtement tenace. Le film, tourné dans un noir et blanc sublime et porté par des mélodies magnifiques, est chargé d’une grâce que le cinéma contemporain nous offre trop rarement. Le destin contrarié de Wiktor et de la belle Zula épouse celui de l’Europe de la guerre froide. Lui appartient à l’intelligentsia citadine. C’est un musicien de talent que le gouvernement communiste polonais charge de constituer un ensemble folklorique destiné à faire la promotion des cultures traditionnelles. La jeune Zula, effrontée et charmeuse, intègre la troupe et séduit Wiktor. Quelques années plus tard, celui-ci passe à l’Ouest et devient pianiste dans un club de jazz de Saint-Germain-des-Prés. Il broie du noir car Zula a refusé de quitter la Pologne et de le suivre. Quelques années plus tard, elle rejoint son grand amour avant d’être à nouveau séparé de lui.
Pawlikowski, dont j’avais adoré le précédent film, « Ida » (2014), possède à la perfection l’art subtil de l’ellipse : le film se déroule sur une période de 15 ans mais ne nous donne à voir que les séquences les plus intenses de ce couple en pointillés. Le reste, les trous, c’est à l’imaginaire du spectateur de les combler, si bien que rien ne pèse, rien n’est démonstratif, tout est sublimé. « Cold War » (qui aurait mérité un titre plus poétique) est le film le plus romantique que j’aie vu depuis longtemps. Les êtres y sont si légers que cela en serait presque insoutenable.