Limonov à Chisinau
29 septembre 2018





Le voyageur authentique est friand de destinations improbables. C’est ainsi que je suis allé passer quelques jours en Moldavie. Les touristes ne s’y pressent pas et nul ne s’en plaindrait. Chisinau est une petite ville au charme très soviétique – très anachronique, donc. Il n’y a pas grand-chose à y voir mais il fait bon y déambuler. J’y ai donc beaucoup marché, au hasard des boulevards, et lorsque mes pas m’amenaient dans un jardin public, je m’asseyais pour lire Limonov d’Emmanuel Carrère. Une lecture si passionnante, qui se fondait si bien dans le décor, que j’en oubliais tout le reste. Ainsi me fut-il donné de découvrir le destin exceptionnel de ce trublion qui fut successivement voyou en Ukraine, idole de l’underground à Moscou, clochard puis valet de chambre d’un milliardaire à Manhattan, écrivain branché à Paris, soldat perdu dans les guerres des Balkans avant de devenir le vieux chef charismatique d’un parti nationaliste en Russie. Emmanuel Carrère, que je tiens pour l’un de nos plus remarquables auteurs, investit sans la juger cette figure complexe et finalement attachante qui relève autant du salaud que du génie. A travers Limonov, il nous offre le tableau saisissant d’une Russie déboussolée que tantôt l’on adore, tantôt l’on déteste, mais qui jamais ne nous laisse indifférents.



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