Archive pour juillet 2018
Deux barbus barbants
27 juillet 2018

Voici deux classiques qui, sans ma persévérance quelque peu masochiste, me seraient tombés des mains.

Les Démons (Les Possédés) de Dostoïevski traînait dans ma bibliothèque depuis des lustres. Je ne sais si le tort est à trouver du côté de la traduction (1955) mais toujours est-il que je m’y suis ennuyé ferme. C’est long, très long, ça parle beaucoup sans jamais s’élever au niveau de la passion comme dans Crime et châtiment ou Les frères Karamazov. L’essentiel du livre est dialogué et se passe en intérieur, ce qui donne un certain effet boulevardier que je ne m’attendais pas à trouver chez Dostoïevski. Malgré la place qu’avait l’écrivain pour développer leur psychologie, les personnages principaux (Stavroguine, Verkhovenski, Lebiadkine, Chatov, Lipoutine) manquent de consistance ou sont réduits à des caricatures grotesques ce qui est un comble car c’est habituellement le point fort du maître des lettres russes. La trame, quant à elle, est d’une complexité rebutante. Peut-être cela s’explique-t-il par le projet de Dostoïevski qui était de rédiger un pamphlet (c’est-à-dire d’illustrer une idéologie) visant à dénoncer une doctrine nihiliste dont lui-même a fait le frais ?

Le lys rouge est l’un des romans les plus connus d’Anatole France « de l’Académie Française », Prix Nobel 1921. Je ne m’étonne plus que celui qui fut le grand écrivain de son temps, admiré par Proust qui en fit le modèle de Bergotte dans La Recherche, ne soit guère plus lu. La star des lettres de son époque se complaît en effet à décrire la haute société parisienne dans un style vieilli et ampoulé qui n’a pas résisté à l’épreuve du temps. Derrière la petite histoire d’amour qui sert de prétexte au roman, on a l’impression de voir les derniers feux d’un monde sur le point d’agoniser avec la Première guerre mondiale, aussi éloigné que pouvait l’être celui de la cour à Versailles, mais dont Proust, lui, est parvenu à rendre sensible la mélancolie de sa disparition là où France nous immunise contre cette tentation.



Sur « Mademoiselle Coeur Solitaire »
7 juillet 2018

Mme Margareth Amatulli, chercheuse et enseignante à l’université d’Urbino en Italie, a consacré l’année dernière (mais je suis tombé dessus récemment), dans la revue « Linguae & – Rivista di lingue et culture moderne », une étude brillante à Mademoiselle Coeur Solitaire en relation avec le chef d’oeuvre d’Hitchcock « Fenêtre sur cour » dont mon livre est une manière de remake jouant sur les différents points de vue. Il va sans dire que je suis très heureux que l’université s’intéresse à mon travail, de manière aussi intelligente qui plus est.
L’article en question est sous-titré : « De l’écran à la page : une régulation des regards ». Pour ceux que l’italien n’effraie pas, il peut être lu en intégralité ici.