Archive pour mars 2018
Passage à Calcutta
9 mars 2018








Invité par l’Institut français en Inde, j’ai eu la chance récemment de retourner à Calcutta afin de participer, au côté d’autres auteurs (Christian Garcin, Philippe Forest, Shumona Sinha, Makenzy Orcel, David Collin…), à la Foire du Livre de Calcutta où la France était l’invitée d’honneur. Ce furent des rencontres enrichissantes et l’occasion de revoir de nombreux amis dans une ville chère à mon coeur. J’ai été heureux de voir que la traduction anglaise de « Fantômes à Calcutta » continuait son bonhomme de chemin et rencontrait un certain succès auprès de ses lecteurs indiens (effet miroir oblige !). Ma venue a également coïncidé avec le lancement de la traduction de « Portraits birmans », toujours chez l’éditeur Sampark. Je ne peux que souhaiter le même destin à ce second livre, qui a été présenté, sans que je n’y eusse moi-même songé, comme le pendant du premier. La soirée de lancement n’était-elle pas intitulée, en référence à Dickens : « A Tale of Two cities : Calcutta & Yangon » ?



Lectures proustiennes
4 mars 2018




Quelques lectures autour de Marcel Proust aident à passer l’hiver.

Le petit texte qui figurait en préface de Sésame et les lys de John Ruskin, ouvrage que Proust avait traduit, offre, sous le titre Sur la lecture, quelques pages brillantes et superbes sur ce vice impuni tel qu’on le découvre à l’enfance : « Il n’y a peut-être pas de jours de notre enfance que nous ayons si pleinement vécus que ceux que nous avons cru laisser sans les vivre, ceux que nous avons passés avec un livre préféré. » Ou bien : « Nous sentons très bien que notre sagesse commence où celle de l’auteur finit, et nous voudrions qu’il nous donnât des réponses, quand tout ce qu’il peut faire est de nous donner des désirs. »

Dans Proust fantôme, Jérôme Prieur offre un portrait en mosaïque de Proust à travers de courtes vignettes empreintes d’une érudition sensible, résultat d’une quête personnelle où il marche sur ses pas, s’évertuant à saisir un peu de l’insaisissable d’un homme, où il part « sur les traces de cet héros incroyable comme on cherche à retrouver un proche. » Il procède par saut et gambades, s’appuie sur de vieilles photos, sur des lieux où le grand écrivain est passé. Il cherche à retrouver l’homme à travers son image telle que le passage du temps l’a diffractée. Le portrait chinois qui en résulte emporte la conviction.

Un été avec Proust est un recueil d’articles classés par thèmes (Le temps, Les personnages, L’amour, L’imaginaire, Les lieux, Les arts etc.) qui n’a d’autre ambition que d’introduire l’oeuvre de Proust. Les auteurs sont des proustologues ou des proustophiles avertis. Leur plume est légère, jamais docte, et les citations abondent. À l’origine du recueil, une série d’émissions diffusées pendant l’été 2013 sur France Inter.

J’ai gardé le meilleur pour la fin : l’incroyable Monsieur Proust de Céleste Albaret, la plus que fidèle gouvernante du grand Marcel pendant les neuf dernières années de l’existence de celui-ci, soit entre 1913 et 1922. Le livre, fouillé, offre un témoignage exceptionnel sur la vie d’un homme et d’un artiste hors du commun. On admire l’abnégation de la pauvre Céleste (qui inspira le personnage de Françoise dans La Recherche) obligée de subir les horaires, les maniaqueries, les phobies et autres troubles obsessionnels qui forment le quotidien de Proust. Cette abnégation est sans limite, et l’admiration qu’elle exprime à chaque page pour son grand homme ne laissent d’ailleurs pas d’intriguer, voire de mettre mal à l’aise. Tous les éléments à charge de Proust sont balayés d’un revers de la main (certains, en relation avec sa vie sexuelle en particulier, sont pourtant fameux et ont été amplement documentés par ailleurs), si bien que l’hagiographie qui se dessine peu à peu finit par faire songer à un syndrome de Stockholm : comme si la prisonnière du grand écrivain était tombée progressivement amoureuse de son geôlier. Certaines anecdotes sont croustillantes, certains portraits délectables, mais l’impression demeure que tout n’a pas été dit – et tout ne l’a pas été en effet car demeure, derrière la vie quotidienne, le mystère insondable de la création.