Archive pour janvier 2018
Le mécontemporain
4 janvier 2018

En ces temps parfaitement déprimants d’ivresse morale, de bien-pensance généralisée et de chasse aux sorcières tous azimuts, lire ou relire Philippe Muray apparaît comme une médecine nécessaire. Parce que cela brûle de la drôlerie du désespoir, parce que c’est intelligent et sans concession aucune, très loin du souci suicidaire du qu’en-dira-t-on. Parce que c’est prémonitoire aussi : j’ai été étonné de lire dans les chroniques couvrant les années 1985-1998, rassemblées dans l’anthologie « Désaccord parfait », la dénonciation de travers de notre société qui, à l’état de germes à l’époque, ont aujourd’hui pris toute leur ampleur mortifère. Alors, prophète en son pays ou vil réactionnaire, Philippe Muray, lorsqu’il étrille « la conspiration uniformisante (solidariste, humanitaire)« , « les bénitiers romanesques« , « le triomphe de la bonne parole caoutchouteuse« , « l’impérialisme sucré de la vision United Colors« , « le moralisme artisanal« , « le fondamentalisme doux« , « le fanatisme exquis de la Transparence« , « le moralisme nécrophage« , « la vaticination émotive« , « le terrorisme du Bien« , « le puant sirop de la morale consensuelle« , « l’écume unanime de l’amour partagé« , « la néo-langue en résine synthétique« , « le triomphe quasi-mondial du puritanisme anglo-saxon« , « la mise aux normes touristiques planétaires par indifférenciation de toutes les manières de vivre et de penser » ?