Archive pour juillet 2017
Quelques lectures
30 juillet 2017


J’avais à l’origine l’intention de recenser dans ce blog les livres lus à mesure que je les lisais. Je m’aperçois que je ne possède pas la discipline qui me permettrait de mener cette tâche à bien. Alors, en vrac, quelques ouvrages lus ces dernières semaines :
- Lettres japonaises de Lafcadio Hearn : l’orientaliste , qui a vécu au Japon de 1890 à sa mort en 1904, livre des impressions qui ne manquent ni de charme ni de pertinence sur les mille et une manifestations de cet écart qui sépare la sensibilité nippone de la culture occidentale. Un bon complément à son oeuvre.
- Le monde vert de Brian Aldiss : un roman de science-fiction assez distrayant (sans être bouleversant) qui nous projette dans un temps si lointain que la Terre est devenue une jungle qui tend ses lianes jusqu’à la lune. Ce monde végétal, très hostile, est bien rendu mais j’ai eu l’impression que l’histoire finalement assez peu intéressante des personnages du livre ne servait finalement que de prétexte à la description de cet univers trop éloigné du nôtre pour qu’on puisse s’y reconnaître.
- Moderato cantabile de Marguerite Duras : un classique d’une construction très novatrice, dont la narration et l’acuité du style produisent un effet hypnotique. J’incline toutefois à lui préférer d’autres titres.
- L’interprète des maladies de Jhumpa Lahiri : un joli recueil de nouvelles qui mettent en scène, souvent, et avec une grande sensibilité, l’Inde telle que la rêvent ou s’en souviennent des membres de la diaspora comme l’est l’auteur, qui vit aux Etats-Unis.
- La harpe et l’ombre d’Alejo Carpentier : un livre brillant, au style superbe, à l’érudition impressionnante, sur la découverte des Amériques par Christophe Colomb. La reconstitution que fait l’écrivain cubain des voyages de ce dernier est criante de vérité et de détails. J’ai beaucoup aimé.
- Radiguet, l’enfant avec une canne de François Bott : un très beau portrait de l’écrivain pressé, mort à 20 ans, et de l’environnement culturel dans lequel il a baigné au long de sa courte vie. Le livre est riche en anecdotes sans pour autant crouler sous les références et maintient en permanence la bonne distance avec son sujet sans céder à la tentation de l’hagiographie. On le referme et Radiguet reste un mystère.
- La joyeuse bande d’Atzavara de Manuel Vazquez Montalban : à travers quatre personnages qui fréquentaient les mêmes milieux dans les années 1970 (bourgeoisie barcelonaise aux moeurs libres), l’écrivain catalan dresse habilement le portrait d’une époque, celle de l’Espagne post-franquiste. Pas mal.
- Le régiment part à l’aube de Dino Buzzati : sentant que la mort approche, le grand écrivain italien, à travers la métaphore du régiment en partance, livre ses derniers contes, fables, portraits, réflexions sur le scandale de la mort. La démarche est originale, le résultat souvent brillant.



Sattouf est grand
15 juillet 2017

J’avais découvert Riad Sattouf avec La vie secrète des jeunes. J’avais adoré la série des Pascal Brutal puis celle de l’Arabe du futur, séduit par la capacité de l’auteur à saisir comme personne l’air du temps (personnages, contexte, attitudes, vocabulaire) et à la restituer avec un humour décapant et, ce qui fait sa force, une grande bienveillance. Et voici qu’une nouvelle fois, avec le premier tome des Cahiers d’Esther, je me bidonne quasiment à chaque page en découvrant la vie quotidienne et les aventures de cette petite fille on ne peut plus attachante, que l’on suit à 10 ans (premier tome), à 11 ans (2ème tome), l’auteur ayant l’intention de suivre Esther jusqu’à sa majorité (j’espère qu’il tiendra parole ou que le modèle d’Esther ne l’enverra pas paître d’ici là). Tout ça pour dire que, bref, Sattouf est grand.



L’Italie mortifère
6 juillet 2017






Je suis revenu il y a peu d’une semaine à Naples, que je ne connaissais pas. Le charme si littéraire de la ville a pleinement opéré sur moi qui l’ai sillonnée du matin jusqu’au soir dans ses moindres recoins, un charme canaille, un peu morbide, tel qu’on ne peut par exemple s’empêcher de le ressentir en visitant le saisissant ossuaire des Fontanelle ou en contemplant le Christ voilé de Giuseppe Sanmartino à la chapelle Sansevero, peut-être le plus beau marbre qui soit. L’impression de déchéance qui m’a fait songer parfois à celle du nord de Calcutta s’efface avec la vitalité de la rue napolitaine, joyeusement populaire et gouailleuse. Deux chefs d’oeuvre de la littérature italienne ont accompagné mes pérégrinations.
Le premier se situe non à Naples mais en Sicile. C’est Le léopard de Lampedusa, roman de la déchéance d’un aristocrate au fil de cinquante années de sa vie, roman d’une île sauvage, figée dans ses codes et dans ses mythes, vaste fresque familiale servie par un style d’une puissance et d’une poésie rares.
Le deuxième, c’est « La peau » de Malaparte, qui lui se déroule à Naples juste après le débarquement des Alliés en 1943. J’avais écrit ici à quel point j’avais aimé « Kaputt », lu en Grèce. J’ai retrouvé dans La peau l’audace folle d’un écrivain surdoué qui comme nul autre est capable de trousser des scènes si stupéfiantes, si surréelles, qu’elles se gravent longtemps dans notre mémoire, comme celle de la Vierge de Naples, des perruques, du dîner du général Cork ou du drapeau de peau humaine. On se fiche finalement de savoir quelle est la part d’invention dans de tels épisodes. Et si Malaparte tient autant du mythomane que Malraux, il faut lui reconnaître l’humour en plus.