Archive pour juin 2017
Berlin par Jason Lutes
21 juin 2017


Le roman graphique Berlin, dont deux tomes ont été publiés à ce stade qui couvrent la période 1928-1933, est LA référence, dans ce genre, s’agissant de la République de Weimar et de la montée des périls dans une Allemagne en pleine déliquescence morale, économique et politique. Les données historiques innombrables et d’une grande précision que brasse cette BD sont impressionnantes, à tel point qu’il vaut mieux l’aborder avec déjà un certain bagage sur la période. Même ainsi, au regard du nombre important de personnages que Lutes met en scène, il arrive qu’on perde un peu pied. L’auteur utilise une ligne claire dont le réalisme est accentué par l’usage exclusif du noir et blanc. Les décors sont superbes, les morphologies d’une diversité inouïe. On rencontre des personnages attachants mais il manque peut-être à l’ensemble le supplément d’âme qui en aurait fait un chef d’oeuvre incontestable.



Du roman à la BD
11 juin 2017




Deux BD parues l’année dernière sont des adaptations de deux grands romans contemporains. La tâche n’était pas facile car on connaît la difficulté de retranscrire par l’image la complexité de la narration romanesque avec le risque soit de dénaturer l’original soit de d’imposer au lecteur des lieux et des visages qui ne correspondent pas à ceux que son imaginaire avait modelés. Le défi était de taille s’agissant de Pereira prétend d’Antonio Tabucchi, de tous les romans que j’ai lus de cet auteur celui auquel je suis le plus attaché, superbe portrait d’un homme seul, grand roman sur Lisbonne et l’engagement politique. Dans sa BD, Pierre-Henry Gomont l’a relevé avec beaucoup de sensibilité et une grande fidélité au roman original. Certes, j’avais imaginé Pereira moins sévère qu’il ne l’a dessiné, plus alourdi, plus pataud encore, mais la ville de Lisbonne est superbement rendue et l’histoire rehaussée par des trouvailles narratives et graphiques originales, tels les petits homoncules rouges qui figurent la conscience de Pereira en application de la théorie pas facile à illustrer de la « confédération des âmes » telle que Tabucchi l’a définie. J’aime beaucoup le graphisme, les couleurs, c’est vraiment réussi.
Nicolas Dumontheuil a quant à lui choisi de mettre en cases La forêt des renards pendus du Finlandais Arto Paasilinna. Le challenge était plus aisé car le roman de Paasilinna est de pure narration, beaucoup moins introspectif que le Tabucchi. Le résultat ne déçoit pas mais curieusement, mis en images, l’histoire de Paasilinna perd un peu de son charme cocasse. Rien à dire sur le dessin de Dumontheuil, avec un décor très bien rendu malgré les tons monochromes, et des personnages qui font penser à Morris (et sont de fait plus « enfantins » que ceux de Gomont), mais le parti-pris de fidélité absolue à l’original m’a laissé un peu sur ma faim, me privant de tout effet de surprise.



Article du Matricule des Anges
9 juin 2017

Un très sympathique article dans Le Matricule des Anges de ce mois-ci