Archive pour avril 2017
Lectures portugaises
27 avril 2017






Je suis revenu il y a peu d’une semaine à Lisbonne, qui est peut-être ma capitale européenne préférée, suivie d’une autre à Porto, que je ne connaissais pas. J’avais emporté avec moi, comme à chaque fois que je vais me promener à l’étranger, quelques lectures sur le Portugal que je me suis fait un plaisir de dévorer au soleil d’avril sur les bancs autour de la Praia da Ribeira à Cascais, dans les jardins d’Estrela à Lisbonne ou dans le Jardim do Infante Dom Henrique à Porto.
Le recueil d’articles intitulé Une vie écrite par le grand intellectuel portugais – et européen convaincu – Eduardo Lourenço constitue une bonne entrée en matière sur les fondements de l’âme portugaise, le rêve d’ailleurs des navigateurs de la Renaissance et sa nostalgie telle que l’ont cristallisée Les Lusiades de Camões, le sentiment de la saudade, cette « mélancolie heureuse » qui habite la poésie de Pessoa et de ses avatars – de Pessoa dont j’ai pu visiter le petit musée à lui consacré Rua Coelho da Rocha où quelques reliques lui appartenant sont exposées sous vitrine (un fume-cigarettes, un étui à lunettes, des carnets griffonnés d’une écriture nerveuse).
Je me suis ensuite embarqué dans l’Histoire du siège de Lisbonne de José Saramago dans un volume qui me narguait depuis des 17 ans (!) dans ma bibliothèque. Texte dense, touffu, d’une lecture parfois ardue, qui place un typographe lisboète solitaire devant l’énigme de la véracité historique, dans un entremêlement subtil où la vie rêvée se mêle à l’histoire vécue. Là aussi, j’ai couplé ma lecture d’une visite à la Fondation José Saramago où un étage entier rend hommage à l’oeuvre prolifique du grand écrivain, jusqu’à la remise de son Prix Nobel en 1998. Devant le bâtiment, d’importants travaux étaient en cours, et l’olivier sous lequel ses cendres avaient été dispersées résistait vaillamment aux pelleteuses comme en Chine ces maisons-clous résistent aux bulldozers de la spéculation immobilière.
Je suis depuis longtemps un admirateur de l’oeuvre d’Antonio Lobo Antunes qui lui aussi mériterait largement le Nobel. Comme ses autres romans, La mort de Carlos Gardel est un livre baroque, foisonnant, polyphonique et démesuré où l’agonie d’un jeune homme se mêle aux souvenirs labyrinthiques de ses proches, le tout porté par un style furieux et poétique à la fois.
Enfin, j’ai lu L’incendie du Chiado de François Vallejo qui n’est pas mal fichu mais je m’attendais à ressentir un peu de l’âme du Portugal quand l’auteur met en scène un huis-clos qui aurait pu se dérouler n’importe où ailleurs et qui pour cette raison m’a laissé sur ma faim.



Une vie chinoise
19 avril 2017

J’ai lu récemment l’intégrale des mémoires graphiques du Chinois Li Kunwu que celui-ci a fait paraître entre 2009 et 2011 en collaboration avec Philippe Ôtié. Le projet est ambitieux puisqu’il couvre la vie d’un homme qui épouse le siècle chinois et ses incroyables soubresauts. Le livre se décompose en trois parties – « Le temps du père », « Le temps du Parti », « Le temps de l’argent » – qui synthétisent bien une histoire de la Chine marquée par le Grand Bond en avant dans les années 1950, la Révolution culturelle dans les années 1960 et 1970 puis l’ouverture du pays à partir du début des années 1980 qui coïncide avec l’enrichissement rapide des classes moyennes. Li Kunwu manie le noir et blanc avec élégance et sa technique emprunte beaucoup à l’art chinois du pinceau, comme lorsqu’il dessine des paysages de montagne à la manière d’un peintre classique. Les personnages sont fortement expressifs, à la limite parfois de la caricature. Malgré quelques longueurs (ces mémoires auraient gagné je pense à être ramassés), le livre offre une approche intéressante, parce que vécue de l’intérieur, d’une histoire complexe, et tragique plus souvent qu’à son tour.



Blogs
10 avril 2017

On trouvera deux sympathiques critiques de Dans un temple zen sur les blogs « Culture Chronique » (ici) et « Le goût des livres » (). Que leurs auteurs en soient ici remerciés.



John Burdett, the insider
6 avril 2017


J’ai passé un bonne partie de l’hiver en Thaïlande, et en particulier à Bangkok. Cela m’a fourni l’occasion, après Bangkok 8 il y a quelques années, de lire le deuxième et tout aussi excellent polar de John Burdett, Bangkok Tattoo. Burdett, qui vit en Thaïlande, est un remarquable observateur de la réalité sociale de ce pays, sans fard, sans gants, sans hypocrisie et pourtant avec une bienveillance heureuse, comme si, à travers son personnage fétiche, l’inspecteur Sonchaï Jitpleecheep, il voyait les choses de l’intérieur, comme un Thaï les verrait. Nous sommes plongés avec lui dans les bas-fonds de la ville, les bars à gogo, les prostituées, les militaires et les policiers corrompus jusqu’à l’os, avec la conviction de découvrir les rouages d’un système qui fonctionne selon sa logique propre, en adéquation avec les ressorts d’une civilisation imperméable à nos préjugés et qui nous place devant nos propres contradictions de farang. Les personnages et les situations sont toujours très bien senties et respirent l’authenticité, ce qui explique le succès amplement mérité qu’il a acquis auprès des lecteurs intéressés par ce déroutant pays.