Archive pour février 2017
Avant-portrait dans Livres Hebdo
25 février 2017



L’homme qui marchait
19 février 2017

J’ai été attristé d’apprendre la disparition de Jirô Taniguchi. C’est l’un de mes auteurs favoris de bandes dessinées et j’ai quasiment tous ses livres. Je relisais justement il y a peu l’un de ses chefs d’oeuvre, L’homme qui marche, dans la belle réédition qu’en a donné Casterman il y a deux ans. Tout l’art du Maître se concentre dans le silence de ces pérégrinations solitaires et infimes, attentives aux moindres détails de la nature ou de l’agitation humaine, empreintes d’une poésie et d’une délicatesse éminemment japonaises. Car il y a beaucoup de mono no aware dans l’oeuvre de Taniguchi, de ce frisson poignant que donne tout ce qui est voué à disparaître, de ce sentiment mélancolique du temps qui s’enfuit et de l’impermanence des choses et des êtres. Il laisse heureusement derrière lui une oeuvre abondante, inépuisable, qui lui vaut une reconnaissance amplement méritée.
On trouvera ci-dessous un documentaire intéressant de Nicolas Finet et Nicolas Albert présenté en janvier dernier au Festival d’Angoulême :



Dans un temple zen
8 février 2017

Je suis très heureux d’annoncer la sortie, le 2 mars, de mon prochain texte : « Dans un temple zen » (Arléa, collection La Rencontre).

Voici le quatrième de couverture :

À l’âge de 20 ans, suite à une déception amoureuse, le narrateur part pour Taiwan sans trop savoir que faire de sa vie. Il se laisse séduire par l’accueil d’un bonze dans un temple zen du nord de l’île. Seul étranger à y être accueilli, alors que rien ne l’y préparait, il découvre, avec le regard ingénu et confiant de la jeunesse, le quotidien des moines et des nonnes bouddhistes, rythmé par la méditation et l’étude des textes. Il apprend la méditation, épouse peu à peu leur existence tissée de passions simples, en harmonie avec une nature qui fait écho à l’imaginaire poétique de la Chine. Il se lie d’amitié avec celles et ceux qui ont choisi la voie monastique et lui livrent des bribes de leur histoire et devient ainsi Maître du tambour et donc Maître du temps.
Ce bel équilibre est rompu avec une grâce soudaine.

Sur le site d’Arléa : ici



Il Bidone
4 février 2017


Face au froid et à la morosité ambiante, quand de surcroît l’on revient de six semaines en Thaïlande, rien de tel qu’un bon Fellini pour se requinquer. Il Bidone (1955) a parfaitement rempli cet objectif. J’avais vu le film il y a longtemps ; le revoir m’a enchanté. Quel sens du rythme et de la dramaturgie, quelle humanité dans cet équilibre subtil entre la farce et la tragédie ! Soit les tribulations d’un trio d’escrocs qui multiplient sans vergogne les combines minables pour dépouiller de pauvres villageois de leurs économies en se faisant tantôt passer pour des prélats du Vatican qui se font payer des messes pour le salut des âmes défuntes, tantôt pour des responsables des HLM distribuant des logements (contre acompte) aux pauvres de la banlieue de Rome. Fellini nous rend attachant chacun d’entre eux : Augusto, truand sur le retour qui comprend que son heure de gloire est derrière lui et qu’il est passé à côté de sa famille ; « Picasso » qui se ronge de devoir dissimuler ses méfaits à sa femme et voudrait devenir peintre ; Roberto le flambeur jouant les gigolos et ambitionnant une carrière de chanteur. Les scènes clés sont nombreuses, tout virevolte sans aucun temps mort. Les fêtes décadentes et les beuveries solitaires dans les rues désertes, filmées magistralement, annoncent déjà La dolce vità.