Archive pour octobre 2016
Deux succès contemporains
31 octobre 2016


Au titre des mes incursions régulières dans la production littéraire française contemporaine, j’ai découvert récemment deux romans au succès public amplement mérité.
Dans Réparer les vivants (2014), Maylis de Kerangal réalise la gageure de prendre à bras le corps (sic) un sujet extrêmement périlleux – toutes les étapes techniques et les questionnements intimes liés à la transplantation d’un coeur – sans jamais verser ni dans la facilité ni dans le pathos. Elle livre une littérature du réel ciselée au scalpel (re-sic), si bien documentée qu’on en oublie l’immense travail préparatoire, un roman qui jamais ne pose et convainc toujours. Le style en est maîtrisé de bout en bout et les personnages tous convaincants.
Dans Peste & Choléra (2012), Patrick Deville a réussi l’exploit de me faire dévorer l’existence improbable et largement oubliée d’Alexandre Yersin, biologiste de l’équipe de Pasteur, découvreur du bacille de la peste, mais aussi explorateur de l’Indochine et touche-à-tout de génie. La narration est parfaite et le style enlevé jamais ne faiblit grâce aux petites touches d’esprit et de légèreté distillées avec la plus grande intelligence.
Intelligence du style : c’est bien l’impression que je retire de ces deux excellents livres ; c’est ce qu’ils ont en partage.



A Delft
25 octobre 2016







A la fin de l’été, j’ai roulé plein nord (Baie de Somme, Côte d’Opal, côte flamande) pour arriver à Delft, où je suis resté quelques jours. C’était ma première visite dans cette petite ville de canaux et de jolies façades, aujourd’hui devenue un quartier périphérique de La Haye, et dont l’âge d’or de la peinture néerlandaise a amplement nourri l’imaginaire. J’ai visité le petit musée Vermeer, qui ne présente d’autre intérêt que pédagogique car l’on n’y trouve aucune toile du maître. Je me suis donc rendu au superbe Mauritshuis de La Haye où j’ai pu contempler la « Vue de Delft », conscient d’accomplir par là, incidemment, une nouvelle étape de mon pèlerinage proustien. Le tableau, très bien exposé au premier étage du musée, est absolument saisissant et j’aurais pu rester des heures à le contempler (et pas seulement le petit pan de mur jaune). De retour à Delft, j’ai essayé de retrouver l’exact point de vue de Vermeer lorsqu’il a peint sa toile (m’appuyant sur la porte de Rotterdam que l’on aperçoit à droite du tableau ou le clocher de la Nieuwe Kerk contre l’horizon) mais je n’y suis pas parvenu, comme si ce tableau aussi était une vue de l’esprit, une cosa mentale. Au Mauritshuis, j’ai également été touché par le dernier portrait d’un Rembrandt aux portes de la mort (lui qui s’est peint à toutes les époques de sa vie) et par la superbe et mystérieuse nature morte de David Bailly intitulée « Vanité aux portraits » – autant de chefs d’oeuvre d’un art profondément ontologique.