Archive pour janvier 2016
Women in a Box
29 janvier 2016


A la faveur du Festival Télérama, j’ai pu visionner deux films que j’avais ratés l’année dernière : « Mustang » de la Franco-Turque Deniz Gamze Ergüven (mon préféré des deux) et « Much Loved » du Franco-Marocain Nabil Ayouch. Les mettre en parallèle est aisé puisqu’il s’agit à chaque fois de jeunes filles ou jeunes femmes qui viennent s’opposer frontalement, avec courage, aux interdits et aux hypocrisies de sociétés patriarcales fortement marquées par la « tradition ». Les cinq toute jeunes filles farouches de « Mustang » résistent autant qu’elles le peuvent à la pression de leur famille qui n’hésite pas à les séquestrer afin d’étouffer en elles leurs aspirations de purs-sangs épris de grand air et de liberté. Le jeunes actrices sont troublantes de beauté et le film ne peut que faire songer au « Virgin Suicides » de Sofia Coppola, en moins arty tout de de même. Nabil Ayouch, lui, de manière moins épiphanique et plus crue peut-être, s’attache au sort d’un petit groupe de prostituées à Marrakech. Les jeunes femmes sont plus âgées, ont davantage vécu et de ce fait apparaissent plus cyniques et désabusées que les premières (cf. les dialogues très bruts du film) mais elles sont tout autant les victimes d’un système qui ne leur laisse aucune chance. Ce sont donc deux longs-métrages nécessaires qui nous sont proposés ici, et peu importe les controverses qu’ils ont suscité en Turquie ou au Maroc (il est au contraire très salutaire que ces films dérangeants pour les conservateurs aient soulevé des réactions).



Aimer Tournier
23 janvier 2016

J’ai appris sans surprise, vu son grand âge, mais avec tout de même un pincement au coeur, la disparition de Michel Tournier. Comme Bernard Pivot, je pense qu’il était peut-être le plus grand écrivain français vivant, et j’ai du mal à m’expliquer le demi-purgatoire où, depuis quelques années, il est injustement relégué. Je ne comprends pas par exemple pourquoi il n’est pas en Pléiade (alors que Jean d’Ormesson, lui, s’y trouve…). J’espère vivement que la postérité lui rendra grâce et qu’il retrouvera la place légitime qui était la sienne dans les années 1970 et 1980, soit au tout premier rang de notre littérature. Nos amis à l’étranger l’ont bien compris qui l’ont abondamment traduit, et je pense par exemple à la traduction en bengali du « Coq de bruyère » dont j’avais écrit il y a quelques mois la préface.



Dribbleur
17 janvier 2016

Jean-Philippe Toussaint est l’un des rares auteurs dont je suis le travail, livre après livre. Il a sorti récemment un petit opus intitulé « Football ». Il y revient sur ses expériences liées aux Coupes du Monde de football depuis 1998. Je suis le foot beaucoup moins assidûment que lui, mais écrirait-il sur le curling ou le lancer de nains que sa prose en serait tout aussi passionnante. Tout est dans le style bien sûr, d’une élégance et d’une efficacité parfaites. Il y trouve également l’occasion de distiller ses réflexions personnelles sur la littérature et la place de l’artiste dans la société, comme il l’avait déjà fait dans ce livre remarquable qu’était « L’urgence et la patience ». On peut lire ainsi, p.100, la phrase suivante : « Qu’est-ce que créer, aujourd’hui, dans le monde dans lequel nous vivons ? C’est proposer, de temps à autre, dans un acte de résistance non pas modeste, mais mineur, un signal – un livre, une oeuvre d’art – qui émettra une faible lueur vaine et gratuite dans la nuit. » Il me paraît difficile de mieux dire. Je me plais à voir dans ce bref opus un livre de transition, vers peut-être un nouveau cycle romanesque ?



Précocité de Martin
9 janvier 2016


J’ai visité récemment l’expo Martin Scorsese à la Cinémathèque française. Bien faite, on y trouve nombre de documents préparatoires à ses principaux films, souvent issus de ses archives personnelles. Parmi les curiosités, on peut y découvrir le storyboard d’un péplum intitulé « The Eternal City », que le jeune Martin, alors âgé de seulement 10 ans, a dessiné avec ses crayons de couleur et, déjà, un art certain de la mise en scène. Pour le reste, comme pour toutes les expositions consacrées au cinéma, les écrans dispersés dans la salle et qui diffusent des extraits de ses films captivent l’attention des visiteurs au détriment du reste et constituent la meilleure incitation à revoir encore et encore ses oeuvres majeures.