Archive pour juin 2015
Lectures
21 juin 2015





Je recense ici quelques lectures déjà anciennes. « Adolphe » d’abord, le bref roman de Benjamin Constant, que je n’avais jamais lu, fable cinglante sur le sacrifice et l’épuisement du désir, sur l’aporie de la relation romantique entre un jeune homme ambitieux et une femme plus âgée qui voue à celui-ci l’intégralité de son existence et qui par là lui fait un cadeau empoisonné.
« L’étoile du diable » du Norvégien Jo Nesbo est un thriller efficace qui met en scène un enquêteur attachant, Harry Hole, alors que se multiplient des meurtres diaboliquement mis en scène dans l’été caniculaire d’Oslo.
Plus français et ayant quelque chose de Simenon, « Les bras de la nuit » de Frédéric Dard, sorti en 1956 au Fleuve Noir, dresse le portrait intéressant d’une femme fatale, Doris Huff, dont le mari a mystérieusement disparu, et qui va prendre dans ses rêts l’inspecteur Wilkins.
« La consolation des voyages » de Jean-Luc Coatalem est un livre dans lequel l’auteur breton se raconte à travers son goût pour les voyages, les cartes, les noms de lieux improbables, les rencontres interlopes – ses géographies intimes. Un très joli livre, qui confirme que la littérature dite de voyage se porte bien.
Enfin, et je garde le meilleur pour la fin, la très belle découverte que me fut « Une vie ordinaire » (1967) de Georges Perros, roman poème en vers non rimés où l’auteur se livre sans détours dans une langue de vérité où les images sont souvent cocasses et la langue gouailleuse à l’image d’un Cendrars, où le souvenir éclaté retient quelques images fugaces qui élèvent vers le sublime. J’ai abondamment sous-ligné les plus belles fulgurances et j’aimerais toutes les recopier ici. En voici une, prise quasiment au hasard :

Je suis culotté comme pipe
Point par la tabac non mais par
la solitude j’en connais
tous les plaisirs toutes les affres
pour avoir erré jour et nuit
sur cette terre qui fait naître
en nous si souvent de l’ennui
alors que vivre est incroyable



Still the Water
14 juin 2015





« Still the Water », film présenté l’année dernière à Cannes par Naomi Kawase, a eu ses détracteurs. Je n’en fais pas partie. Je l’ai trouvé superbe de bout en bout. S’y mêlent les frémissements du désir dans le corps d’une adolescente à la beauté renversante (jouée par la magnifique Jun Yoshinaga), qui assiste au lent retrait du monde de sa mère, et ceux d’une nature omniprésente, celle de l’île tropicale d’Amati, lieu paradisiaque – j’emploie l’adjectif à dessein car tout le film ramène à l’imaginaire littéraire et philosophique de l’état de nature – où le long-métrage a été tourné. Film chamanique, méditation sur la mort et la naissance de l’amour, beaucoup de choses ont été écrites avec justesse sur cette oeuvre sensible, à l’esthétique parfaite, et dont plusieurs scènes s’inscrivent durablement dans la mémoire : la toison immaculée d’une chèvre rougie par son propre sang, le vent dans les feuilles, un couple d’adolescent sur une bicyclette au crépuscule, une écolière plongeant dans le grand bleu, un banyan aussi vieux que le monde, l’agonie d’une femme qu’accompagnent les chants traditionnels des anciens. Incidemment, certains scènes sous-marines m’ont fait immédiatement songer au manga « Les enfants de la mer » de Daisuke Igarashi, que j’ai lu il y a quelques mois. Le livre a-t-il inspiré la réalisatrice ou bien le thème de la jeune fille s’égayant parmi les poissons serait-il un autre de ces motifs étranges qui font la singularité de la culture nippone ?