Archive pour mars 2015
Le goût du bouddhisme
22 mars 2015

Un grand bravo à l’ami Franck Médioni qui vient de sortir au « Petit Mercure » une très convaincante anthologie sur le bouddhisme où il a rassemblé quelques uns des textes les plus essentiels déclinés selon ses diverses traditions, mais aussi des extraits d’oeuvres littéraires ayant la pratique du bouddhisme pour toile de fond ou des poèmes de maîtres du Japon, de Chine ou d’ailleurs. Je ne suis pas peu fier qu’y figure un extrait de mes nouvelles « Portraits birmans ». Je note d’ailleurs que son anthologie, toute personnelle, laisse une grande place à l’évocation de l’Inde, du Bhoutan ou de la Birmanie, toutes destinations où nous avons voyagé ensemble. Je n’ai plus à formuler à Franck un voeu en forme de haïku : A ta façon / colimaçon / puisses-tu devenir un Bouddha (Issa).



Poulpe Fictions
14 mars 2015


Par un demi hasard, il se trouve qu’à peu de temps de distance, j’ai découvert deux fictions, relevant de deux genres différents et adaptées chacun de l’estampe érotique la plus connue de Hokusai : « Le rêve de la femme du pêcheur ».
Ce fut un roman d’abord, celui de Patrick Grainville intitulé « Le baiser de la pieuvre » et publié en 2010. Dans un style dense et sensuel jusqu’à frôler la saturation, Grainville tisse autour du motif de la jeune femme possédée par une pieuvre géante un conte tropical qu’il situe sur une île volcanique du sud du Japon. Un adolescent d’une grande beauté, Haruo, est amoureux du corps languissant d’une jeune veuve, Tô, qu’il épie alors qu’elle prend son plaisir dans les tentacules de la pieuvre géante Oryui qui vient la visiter le soir dans sa cabane. Faire un roman à partir d’une scène choc est un défi, que relève partiellement Grainville. Les scènes érotiques sont très bien troussées, presque hypnotiques. En revanche, il y a quelque chose de forcément artificiel et presque superflu dans le reste de la narration qui ne sert que d’intermède ou de décor à la scène originelle. Je n’ai pas non plus compris l’intérêt d’ajouter le personnage d’un aventurier étranger prénommé Allan, qui n’ajoute rien au livre.
Ce fut ensuite un film de 1981 de Kaneto Shindo intitulé « Edo Porn » (Hokusai Manga). Le film met en scène Hokusai lui-même, depuis sa maturité dans l’Edo du début du XIXème siècle jusqu’à sa mort, en passant par toutes les étapes d’une exceptionnelle carrière. Mais le film est loin d’être un portrait biographique : c’est avant tout l’histoire d’une quête et d’une obsession, celles d’un artiste pauvre et marginal qui vit avec sa fille (charmante Yûko Tanaka) dans la maison d’un ami et est fasciné par une jeune femme qui disparaît tout aussi mystérieusement qu’elle lui est apparue. Il retrouve son sosie alors qu’il est devenu un vieillard, et a aussitôt la vision de son accouplement avec un poulpe qu’il a entrevu sur une plage : il tient son chef d’oeuvre.



De l’art de la pub en Inde
8 mars 2015



Retour en Indonésie
1 mars 2015




J’ai vécu en Indonésie de 1999 à 2002. Je n’ai jamais eu l’occasion – ou fait le choix – d’y retourner depuis cette date. J’en reviens. J’ignore si j’ai bien fait car, Jakarta par exemple, vidée du sens dont elle était pleine par ce que ma vie et mon travail lui conféraient, m’est apparue comme une mégapole froide et désincarnée. Que les choses aient changé ou que ma mémoire les ait peu à peu déformées, j’ai eu l’impression de me trouver dans une ville inconnue où les quelques repères que je croyais avoir me sont apparus erronés ou distordus. J’étais dans une ville dont certains traits m’étaient familiers – certaines tours, la structures des voies, les taxis Bluebird, l’odeur des kreteks – mais en même temps je m’y trouvai sans point d’attache parce que sans but précis, et j’avais du mal à indiquer une destination au taxi. Chose aussi étrange et qui contredirait presque ce que je viens d’écrire : je me suis surpris à manier avec aisance la langue indonésienne ; des mots que je pensais avoir oubliés faute de les avoir utilisés depuis cette époque me sont venus tout seuls aux lèvres, comme si quelqu’un d’autre parlait par ma bouche. Je suis également retourné à Lombok, dans un hôtel de sa côte sud, jadis sauvage, où je recherchai l’isolement et la mer. Les lieux ont résisté au tourisme de masse et aux constructions sauvages, mais, néanmoins, ils m’ont moins impressionné qu’il y a 13 ans. La raison en est bien sûr à trouver dans l’expérience, hautement proustienne, de la confrontation de l’homme que je suis devenu avec celui que je fus, perméable aujourd’hui à des émotions différentes, blasé peut-être.