Archive pour septembre 2014
Lectures d’été.
21 septembre 2014








Pendant mon été grec, ma valise était emplie de livres. D’Athènes à Santorin puis à Folegandros, je me plongeai avidement dans quelques uns, et pas des moindres, qui furent mes meilleurs compagnons de voyage, à l’ombre des oliviers, sur les plages de galets ou à la terrasse des tavernes. Il y eut d’abord « L’automne du patriarche » de Garcia Marquez, une somme baroque dont la phrase, qui roule sans s’arrêter, surprend d’abord puis nous entraîne irrésistiblement dans son flot monstrueux d’images, d’histoires et de légendes. Par contraste, « Point de lendemain », de Vivant Denon a la légèreté d’une plume. Livre libertin par excellence, il s’ouvre par l’un des plus remarquables incipit de la littérature française et le plus bel exemple d’emploi du point-virgule : « J’aimais éperdument la comtesse de *** ; j’avais vingt ans et j’étais ingénu ; elle me trompa ; je me fâchai ; elle me quitta. J’étais ingénu, et je la regrettai ; j’avais vingt ans, elle me pardonna ; et comme j’avais vingt ans, que j’étais ingénu, toujours trompé mais plus quitté, je me croyais l’amant le mieux aimé, partant le plus heureux des hommes.« . Je m’intéressai ensuite à l’esthétique du quotidien au Japon, un essai très intéressant sur l’infime, le beau et l’éphémère dans la conception japonaise, entrecoupé de jolies illustrations de Nicolas de Crécy. François Weyergans m’emmena dans une très belle histoire d’amour entre un homme d’âge mûr et une étudiante torturée, remarquablement bien ficelée et à la lecture enchanteresse, « Royal Romance », empreint autant de l’esprit français des choses du coeur que peut l’être Vivant Denon. Retour à la terre avec « Pierre et Jean » de Maupassant, l’histoire d’une famille normande déchirée par un héritage que reçoit l’un des deux fils. La mécanique est implacable ; le style, comme toujours, d’une diabolique efficacité, avec ici une superbe évocation de la côte normande. Japon encore avec « Une affaire personnelle » de Kenzaburo Oe, dont je n’avais rien lu. Le livre, qui décrit l’errance et les tourments d’un homme à la dérive auquel naît un bébé affligé d’une difformité crânienne, instille le malaise d’une façon très vénéneuse mais parfaitement fascinante, non sans faire songer parfois, avec la prise de distance de la narration, à « L’Etranger » de Camus. C’était également la première fois que je lisais du Julian Barnes. La mécanique narrative d’ »Une fille, qui danse » est irréprochable et la découverte progressive du secret enseveli dans le passé d’un homme aménagée avec une efficacité redoutable. Enfin, mon séjour grec s’est achevé par la lecture d’un pur chef-d’oeuvre : « Kaputt » de Malaparte, livre-monstre sur la Deuxième guerre mondiale. Chaque chapitre, qui provient de son expérience de correspondant de guerre, se cristallise dans une ou plusieurs scènes absolument extraordinaires qui sont de celles que l’on n’oublie pas comme celle, connue, des chevaux emprisonnés jusqu’à l’encolure dans les glaces d’un lac gelé. Les dialogues sont à l’avenant, le style d’une puissance rare. Quelle joie de savoir qu’il reste des monuments de cet acabit à découvrir ! Bref, un été littéraire où rien n’était à jeter !



Farniente à Folegandros.
14 septembre 2014




Une invitation à un mariage helléno-écossais (sic) à Santorin m’a fourni le prétexte pour retourner en Grèce. J’y étais allé à l’âge de sept ans avec mes parents. C’était alors la première fois que je prenais l’avion. Je n’y étais jamais retourné depuis.
Après deux jours à vagabonder dans les rues d’Athènes et trois jours à Oia, à Santorin, où toutes les nationalités du monde semblaient s’être données rendez-vous, je débarquai, un peu par hasard, un chapeau d’Anglais sur le chef, dans le minuscule port de la petite île de Folegandros. Elle fut exactement ce que je recherchais : une île sauvage, brute, secrète, préhensile dans toutes ses dimensions (elle ne fait que 12 kilomètres de long), offrant à la fois la lumière éblouissante et l’ombre protectrice, recelant des criques à l’eau d’une pureté miraculeuse, tout entière invitation au repos, à la baignade et à la lecture. Je ne résistai pas et m’adonnai sans compter à ces trois activités auxquelles il n’est rien besoin d’ajouter. Savoir que la Grèce offre encore de telles thébaïdes, préservée des foules, est la meilleure surprise de l’été. Evidemment, le retour à Calcutta, qui en est l’exact contraire, produit un effet…étrange.