Archive pour août 2014
Romancer l’Histoire.
10 août 2014


J’ai lu ces dernières semaines deux oeuvres historiques qui, au moment de leur sortie, ont fait beaucoup parler d’elles – et ont d’ailleurs toutes les deux obtenu le Prix Goncourt du premier roman : « Waltenberg » d’Hédi Kaddour (2005) et « HHhH » de Laurent Binet (2009). Le premier est un pavé de 814 pages (en poche !) qui prend la forme d’un roman d’espionnage courant de 1914 à 1991. Dans de très longs chapitres, faisant de 50 à 70 pages, des personnages largement désincarnés s’y croisent à des moments-clefs de l’histoire européenne (1914, 1929, 1956, 1969 etc.). Le propos est très ambitieux, se voudrait Thomas-Mannien, mais le résultat a tendance à étouffer, ne serait-ce que parce qu’on ne comprend pas très bien où tout cela nous mène et que l’on ne cesse de se dire que le propos pourrait aisément tenir avec 600 pages de moins. Même si l’on ne peut qu’être admiratifs de la tenue parfaite et constante du style de même que du travail de recherche historique qui sous-tend le livre, la narration en est par trop emberlificotée et quelques scènes bien senties (comme une soirée avec Malraux à Singapour) ne suffisent pas à délivrer le livre de son côté indigeste.
Il en va tout autrement de Laurent Binet, qui fait avec succès le choix de l’efficacité dans un livre, composé de 257 courts chapitres, qui narre l’opération « Anthropoïde » de 1942 au cours de laquelle deux résistants tchèques étaient chargés d’assassiner Heydrich, surnomme « le bourreau de Prague ». La narration du livre le rend haletant, qui ne se contente pas de raconter uniquement l’opération et ses préparatifs mais dépeint de façon très vivante, très incarnée, les soubresauts d’une époque. Il y joint ses propres hésitations d’écrivain sur la meilleure manière de traiter un sujet difficile et qui lui tient à coeur, si bien que l’on a l’impression très excitante de se trouver dans l’atelier de l’écrivain, face à ses propres questionnements sur le livre qui est en train de se faire. Le tout est passionnant du début jusqu’à la fin. Je ne trouve qu’un (petit) défaut à Laurent Binet : celui d’exécrer les écrivains-diplomates. Je ne suis certainement pas un grand admirateur d’Alexis Léger, de Morand ou de Claudel – mais il ne faut pas mettre Giraudoux ou Romain Gary dans le même panier !



Un escroc.
3 août 2014

C’est l’histoire du médecin-chef de l’hôpital de la police de Calcutta, qui monnayait aux officiers de police leur précieux certificat physique d’aptitude au service, sans lequel nul ne peut escompter faire carrière. Il laissait également entendre qu’il était proche du pouvoir et qu’il avait la capacité de faire muter les récalcitrants. L’homme s’appelle Sekhar Ganguly et a 58 ans ans. Craint et respecté, il a ainsi amassé un véritable pactole en pots de vin. Il possédait au moins six 4×4 aux vitres desquels on pouvait lire « Police de Calcutta – Gouvernement du Bengale occidental ». Aux carrefours, les policiers mettaient la main à la visière et lui facilitaient le passage. Il organisait des réceptions chez lui où de nombreux policiers se pressaient. Mais voilà : à l’occasion d’une enquête suite à la double plainte d’un hôtel pour impayés et d’un promoteur immobilier qui l’avait rémunéré pour obtenir une autorisation de construire sur un site inconstructible, il est apparu que le dénommé Ganguly non seulement n’était pas médecin, mais qu’en outre il n’existait formellement aucun poste de médecin-chef à l’hôpital de la police de Calcutta. L’article du Times of India qui relate l’affaire indique que la police est « embarrassée » par cette fâcheuse découverte. On le serait à moins ! Incidemment, le même Ganguly, qui avait passé une petite annonce pour se remarier, est accusé de viol par une candidate qu’il avait rencontrée par ce biais et à qui il avait indiqué n’avoir que 40 ans et qu’il avait l’air plus âgé en raison d’une vieille typhoïde… Un artiste, je vous dis.