Archive pour avril 2014
Au Bhoutan.
27 avril 2014





























J’ai eu la chance de faire partie des quelque sept mille touristes qui se rendent chaque année au Bhoutan. Le petit royaume himalayen est en effet très jaloux de ses traditions et n’ouvre ses vallées qu’au compte-gouttes. L’arrivée en avion à Paro offre un étrange contraste avec le Népal : la piste est si encaissée au fond d’une vallée que l’aéroplane doit se frayer une trajectoire entre des pentes abruptes que ses ailes donnent l’impression de frôler dangereusement ; l’aéroport est minuscule, comme la ville. D’emblée, l’air pur, le ciel bleu, la fraîcheur, le silence surprennent. Mon guide se prénomme Sanghé et ne me lâchera quasiment pas d’une semelle. La beauté des torrents, à l’eau si limpide que l’on peut voir les poisson en transparence. Le gouvernement bhoutanais, qui applique à la lettre les principes du bouddhisme, interdit la pêche et la chasse – et la cigarette : je devrai fumer clandestinement. Nous sommes en mars mais il a neigé pendant la nuit sur Thimbu : bataille de boules de neige devant le bouddha géant qui domine la vallée. Le roi, dont j’aperçois subrepticement l’écharpe jaune à la sortie du dzong, a accordé une journée de congés aux écoliers et aux fonctionnaires. J’envoie des cartes postales ornées d’un timbre à mon effigie, que je me suis fait faire à la poste centrale. Le soir, Sanghé m’emmène dans un boîte de nuit décorée comme un temple. Des filles en vêtement traditionnel se contentent de tendre leur carnet de bal afin que les clients y inscrivent une chanson ou une danse folklorique, qu’elles interprètent de manière touchante contre 100 ou 200 ngultrums. Un groupe d’aveugles, à la recherche de fonds pour financer leur école, se livrent au même rituel. La route, ses lacets. Des moulins à prière sont entraînés par des ruisselets qui dévalent des hauteurs. La passe de Dochu La. Le froid piquant, la neige autour des 108 stupas – 109 si l’on compte la stupa de neige qu’un visiteur a patiemment façonné contre l’horizon. Dans la vallée, le village de Lobsa et, ornant tous les murs, le phallus magique du fou divin qui s’en est servi comme d’une arme pour repousser le démon et qui possède son temple, où des moinillons jouent à lancer de lourdes flèches alourdies de plomb contre une planchette qui leur sert de cible. La route de nouveau. Des yacks au bord des chemins, courts sur pattes, immobiles. Le petit village de Wangdue qui surplombe la vallée et sur lequel souffle un vent glacial. La petite fille qui danse sur la table. Les corbeaux qui se ruent sur le relief du déjeuner. La rumeur des cymbales et des cornes tibétaines. La flambée dans la cour, la lecture à la chandelle dans le lit gelé. Au matin, un vol de grues à col noir dans le ciel. Une petite auberge ceinte de haies fleuries au creux d’un val, contre le torrent qui gronde. Fraîcheur à l’ombre, délice au soleil. Les chiens apathiques qui se ruent sur ma coupelle de biscuits aussitôt que je l’ai délaissée pour aller me réfugier à l’intérieur. Des fleurs rouges de rhododendrons. Le soir, un Martini éventé. A Paro – la boucle est presque bouclée – deux étudiantes qui avaient pris appui contre le mur du dzong se lèvent à notre approche et nous offrent des amandes pilées. La montée au monastère de Taksang (« L’antre du tigre »), l’image d’Epinal du Bhoutan, l’ascension incontournable, d’abord confortablement sur un cheval, puis à pied. La morsure du soleil, l’essoufflement, puis la satisfaction d’avoir atteint son but. Le monastère recèle des salles tantôt d’ocre et d’or, tantôt semblables à des cellules obscures. Un moine verse dans ma paume de l’eau lustrale où je trempe mes lèvres avant de m’en passer sur les cheveux alors que descend l’obscurité.



Au Népal.
5 avril 2014




















Le Népal restait comme l’un des derniers pays d’Asie où je n’étais jamais allé. Voilà qui est réparé. Mon court séjour (5 jours) ne m’aura permis que de visiter Kathmandou et sa vallée. Je retiens l’entrelacs des ruelles du quartier de Thamel et ses superbes constructions en bois de style Newari, ces ruelles au pavé défait qui se trouvent plongées dans l’obscurité à la nuit tombée en raison des coupures d’électricité. Surprise de voir Kathmandou la touristique plus démunie que Calcutta. Je retiens cette visite au complexe de Pashupatinath en plein festival de Maha Shivaratri : les sadhus sur les pierres, les crématoires sur les berges de la Bagmati, le misérable spectacle d’enfants échassiers. Je retiens, dans un restaurant à momos, cette souriante serveuse de vingt ans, Susheela, mariée à 14 ans, mère à 15 ans, divorcée. Je retiens les couvertures chauffantes et la bouillotte glissée sous les draps, à l’hôtel « Kantipur Temple House ». Je retiens les enfants qui tirent une corde en travers des routes pour quémander de l’argent. Je retiens la bande de singe qui a pris possession de la stupa de Swayambunath qui offre une si belle vue sur la ville. Je me souviens d’un barbier bihari à Patan, de la grand place de Bhaktapur. Je me souviens de la vue époustouflante sur la chaîne de l’Himalaya lors d’une marche de six heures entre Nagarkot et Dhulikhel, la nappe de brume qui se lève depuis la vallée, le chien noir qui nous suit comme il suit chaque groupe de randonneurs, et l’histoire de cette marcheuse allemande qui, ayant cru pouvoir se passer de guide, fut attaquée dans les bois par une panthère. Et puis le vol entre Kathmandou et Paro, au Bhoutan, et l’espoir, derrière les nuages, d’apercevoir la cime de l’Everest.