Archive pour octobre 2013
Babel
20 octobre 2013

J’ai contribué à un ouvrage collectif qui vient de sortir aux éditions Magellan & Cie, « Babel », sous la direction de Jean-Claude Perrier. L’éditeur a demandé à douze écrivains-voyageurs sensibles au vertige des langues et des cultures d’écrire un court texte sur le thème inépuisable de Babel. Là s’arrêtait la contrainte. J’ai fourni pour cet « Almanach des voyageurs » une nouvelle, « Les derniers jours d’Elias Babel », qui évoque la figure du dernier représentant de l’ancienne communauté juive de Calcutta.
Voici le quatrième de couverture de l’ouvrage :

« Le mythe de Babel avec sa Tour, vieux comme le monde, profondément enraciné dans notre culture judéo-chrétienne, si riche en interprétations, rêveries et fantasmes en tout genre, et si moderne, a inspiré depuis toujours artistes et écrivains. Il ne pouvait laisser insensibles les écrivains-voyageurs d’aujourd’hui. Six avaient déjà fait partie du premier Almanach des Voyageurs (paru en octobre 2012), et six « petits nouveaux » ont rejoint la caravane…
De quoi revisiter aujourd’hui, avec la grâce des jeunes plumes françaises du voyage, un mythe fondateur de l’humanité, mais toujours actuel.
« 



Plaisir et cruauté au Japon.
2 octobre 2013


Le temps que je passe dans les embouteillages à Calcutta me permet d’écouter de nombreux podcasts. A l’occasion de l’émission de France Culture « Une vie une oeuvre » consacrée à l’écrivain Jun’ichiro Tanizaki le 15 décembre 2012, j’écoute avec intérêt la chercheuse Agnès Giard s’exprimer sur les fondements de la sexualité nippone : « La sexualité au Japon, d’une manière générale, est marquée par la cruauté. D’une part, probablement, parce que ce pays est cruel envers les êtres humains. Il est difficile d’y survivre. Donc, les Japonais ont accordé leur sexualité à cette difficulté de vivre et ils en ont fait une valeur positive. Donc, ce qui était le monde des souffrances, ukiyo, est devenu le monde des plaisirs. C’est pour ça que ukiyo-e, images du monde des plaisirs, désigne en fait les images pornographiques. C’est étonnant. Le mot ukiyo a été complètement transformé. De terme bouddhiste sur la difficulté d’être en ce monde de douleur, les Japonais en ont fait un terme vantant les charmes d’une nuit passée en compagnie d’une prostituée. (…) Au Japon, il est impossible de séparer douleur et plaisir dans la mesure où le plaisir ne peut venir que de la sensation que cet instant-là est fugitif. Le Yoshiwara, qui était le quartier des prostituées, était situé juste à côté de l’endroit où l’on procédait à la crémation des morts. Et quand les clients revenaient du bordel, leur femme disait : « Ah, tu sens l’encens ! » Evidemment, elle pensait à l’encens que les prostituées utilisaient pour parfumer leur toison pubienne. Et le mari répondait : « Mais non, je suis allé au cimetière, chérie ! » Evidemment, personne n’y croyait. L’encens est ici très révélateur. C’est avec un bâton d’encens qu’on paie les geishas. Si on a passé beaucoup de temps avec une prostituée, on va payer trois, quatre, cinq bâtons. Le bâton, c’est aussi ce qu’on fait brûler devant la tombe des morts. Il symbolise ce que nous sommes tous amenés à devenir : cendre et fumée. Le plaisir au Japon est donc forcément un plaisir déchirant, nostalgique, triste, et pleinement conscient de la mort inévitable. »