Archive pour juin 2013
Incursion au Nagaland.
30 juin 2013



J’ai passé quelques jours au Nagaland indien. Kohima, sa capitale, est une bourgade assoupie juchée à flanc de collines, où s’accrochent des nuages de pluie. L’Etat se sait délaissé par New Delhi, qui paraît si loin, et les infrastructures s’en ressentent, mais la population compense ce désaveu par un engouement communicatif pour la musique et le chant – j’ai assisté à quelques prestations de bon niveau. Le joli cimetière de Kohima commémore la sanglante bataille que se livrèrent d’avril à juin 1944 troupes britanniques et japonaises. J’ai rencontré un entrepreneur local, vendeur de bonbonnes de gaz de son état, qui a accumulé depuis plusieurs décennies des milliers d’oeuvres d’art tribal naga, en bois, en métal, en os, en plumes, de toutes tailles, et qui souhaiterait les exposer dans un musée. Bon nombre de ces pièces, essentiellement d’ethnie Konyak, sont fortement érotiques, comme en témoigne la photo ci-contre.



Roger Grenier et ses chiens.
23 juin 2013

J’ai lu récemment un petit livre de Roger Grenier paru en premier lieu dans l’excellente collection du regretté J.-B. Pontalis, « L’un et l’autre » et qu’il consacre à nos amis les chiens. Le livre, « Les larmes d’Ulysse », fourmille d’anecdotes de première main et de références souvent drôles, qui à chaque fois font mouche, le tout dans un style d’une grande fluidité et d’une grande élégance. Je n’ai pas de chien, n’en ai jamais eu et n’en aurai probablement jamais, mais cela ne m’a pas empêché de prendre un grand plaisir à la lecture de ce petit opuscule très intelligent et très sensible.



Calcutta vue par Bombay
15 juin 2013

J’ai vu cette semaine un film récent de Bollywood qui se situe à Calcutta pendant le festival de Durga Puja. Il s’agit de « Kahaani » de Sujoy Ghosh avec l’actrice Vidya Balan (elle était membre du jury à Cannes cette année) dans le rôle principal, celui d’une femme enceinte à la recherche de son mari disparu. C’est un thriller qui n’échappe pas à certains tics propres au cinéma bollywoodien mais qui reste de bonne facture, avec un twist pas bête à la fin. Le Calcutta qu’il dépeint est une image d’Epinal de la ville telle qu’elle existe réellement, aussi amusante pour les Bengalis que peut l’être le Paris de carte postale de Woody Allen pour les Parisiens. J’ignore si le film sera distribué en France (c’est peu probable).



Raymond Carver : « Débutants »
8 juin 2013

Je viens d’achever mon premier recueil de nouvelles de Raymond Carver, qui fait partie de ces (trop nombreux) auteurs d’importance dont je repousse sans cesse la découverte et dont les oeuvres s’accumulent sur les étagères de deux bibliothèques entières de livres à lire. Le premier recueil de ses nouvelles, dont les éditions de l’Olivier font paraître l’intégralité depuis 2010, est remarquable. Les personnages de ces textes sont le plus souvent à la dérive. Ce sont des laissés pour compte de l’Amérique dont Carver suit les vaines gesticulations avec une grande mansuétude, comme animé d’un sentiment de confraternité dans la déchéance. Les textes sont souvent cruels, sans concession aucune, et font alterner la farce et le drame, avec un sens assez exceptionnel des situations et une grande attention aux détails. J’aime particulièrement les nouvelles intitulées « Une petite douceur », tragi-comédie glaçante sur la mort d’un enfant ; « Je dis aux femmes qu’on va faire un tour » sur l’équipée fatale de deux beaufs ; ou bien encore « Neuneu » sur un vieux fou obsédé par les perches qu’il élève dans son étang privé.
Les textes sont publiés dans leur version d’origine car, aussi aberrant que cela puisse paraître, l’éditeur de Carver, un certain Gordon Lish, n’avait pas hésité à opérer d’autorité des coupes claires dans la prose pourtant limpide de l’écrivain, allant parfois jusqu’à raboter 80 % du texte !



Le « Journal des Indes » de Mircea Eliade.
1 juin 2013

J’ai lu récemment le journal que Mircea Eliade a tenu lorsqu’il vivait à Calcutta entre 1929 et 1931. Ces pages auraient pu être passionnantes : elles ne sont qu’anecdotiques, Eliade ayant délibérément pris le parti de supprimer de son journal de l’époque tout ce qui avait trait aux recherches du savant en herbe qu’il était, aux Indiens qu’il fréquentait et aux lieux qu’il visita. Il ne reste donc que des pages sans grand intérêt sur ses flirts avec de jeunes Anglo-Indiennes vivant dans la pension de famille où il était hébergé, Ripon Street. Il s’en rend compte à l’occasion mais il est déjà trop tard : « Je pense à l’indifférence avec laquelle je suis passé auprès de gens pareils ici, en Inde, sans leur consacrer quelques lignes dans mon journal. Je me suis borné à y parler de moi, quand j’en avais le temps et l’humeur, ou des pensionnaires de Mme P…, d’insipides Anglo-Indiens. Si je devais un jour évoquer les gens que j’ai connus pendant mon séjour, ce journal ne me servirait pas à grand-chose. »
Il fait heureusement une entorse à cette règle lorsqu’il évoque sa rencontre avec Tagore à Santiniketan ou bien encore, dans un bref cahier central intitulé « Fragments de révolution civile. Avril-mai 1930″, lorsqu’il rapporte les violences subies par les combattants nationalistes indiens tels qu’elles lui parviennent.