Archive pour octobre 2011
Rédemption
14 octobre 2011

J’ai fini il y a peu le jeu des studios Rockstar, Red Dead Redemption, qui avait fait l’objet à sa sortie d’une vaste campagne de publicité – je me rappelle avoir vu son affiche sur de nombreux abribus à Paris. Ses paysages inouïs m’habitent encore : en comparaison d’autres jeux « ouverts » qui ont fait la gloire de ces studios – toute la série des Grand Theft Auto – mais qui se situaient en milieu urbain, quel bonheur de galoper des heures durant au sein d’une telle diversité de paysages américains, dans une carte qui intelligemment les marie tous : des grandes plaines de l’ouest au désert mexicain planté de pics karstiques en passant par les neiges du grand Nord peuplées de grizzlis et de castors. Je me souviendrai longtemps de la modification de la lumière dans ce jeu : des couleurs de l’aube, de l’aplomb du soleil, des crépuscules à couper le souffle, de la nuit bruissante éclairée par la lune. Quelles ambiances uniques, qui seraient allées jusqu’à me faire oublier que je me trouvais dans un jeu vidéo ! Pendant plusieurs semaines, je me suis fait appeler John Marston, bandit repenti qui trouve la rédemption et la mort en servant la loi et en protégeant les siens. J’ai joué au poker ou au lancer de fer à cheval. J’ai tué et dépecé des dizaines d’espèces animales, de la mouffette à l’ours brun, et ai vendu leur peau en ville. J’ai tiré des aigles en plein vol et adorné mon chapeau de leur plume. Devenu expert en botanique, j’ai ramassé de nombreuses plantes sauvages (sauge rouge, camomille..) grâce auxquelles j’ai pu m’acheter des armes et remplir les missions qui m’ont été assignées. J’ai beaucoup tué, mon sang aussi a coulé souvent. Je suis monté à bord du train, j’ai incendié des maisons en torchis, je me suis battu en duel, j’ai galopé de l’aube au crépuscule, je suis devenu un nom que l’on respecte, et puis j’ai été abattu et mon fils m’a vengé. Voilà ce que j’appelle l’aventure ! Mais où s’arrêteront ces jeux vidéos en matière de réalisme et d’immersion ?



Lectures de rentrée
11 octobre 2011

Il est rarissime que je lise les livres qui font la rentrée littéraire, préférant leur laisser le temps de décanter, mais je me suis livré cette année au petit jeu consistant à lire le précédent livre de deux auteurs dont on parle beaucoup en cette rentrée 2011, qui figurent en tête des listes de vente et sont pressentis pour les grands prix. J’ai donc lu de David Foenkinos « La délicatesse » et d’Emmanuel Carrère « D’autres vies que la mienne », deux volumes parus ces deux dernières années et que j’avais pu acheter au Relay de Charles-de-Gaulle juste avant d’embarquer pour Bangkok en juin dernier.
Je n’ai pas compris où le premier voulait en venir avec cette histoire sentimentale parfaitement indigente. La facture du titre, en forme de concept esthétique et moral, et l’intention de légèreté lorgnent du côté de Kundera, pour lequel Foenkinos ne cache pas son admiration, mais tout dans son texte relève d’un savoir-faire mis au service de la plus grande banalité – et qui lui assure aujourd’hui la reconnaissance du plus grand nombre. Je relève qu’il se place dans le classement de l’Express entre Katherine Pancol et Marc Lévy, où est effectivement sa place. De ses premiers livres, je gardais pourtant le souvenir d’une prose drôle et maligne. Que diable lui est-il arrivé ? Et je lis qu’il est train de tourner lui-même l’adaptation cinématographique de ce livre creux ? Cela promet…
J’éprouve pour Emmanuel Carrère une grande admiration, qui n’a pas été déçue à la lecture de son livre bouleversant, à la lecture presque insoutenable mais parfaitement fascinante, « D’autres vies que la mienne ». Les soixante-dix premières pages évoquant le tsunami au Sri Lanka sont étourdissantes, les passages sur le cancer, éminemment risqués, parfaitement tenus, et seules quelques longueurs sur le droit de la consommation me retiendraient de qualifier le livre de chef d’œuvre. A un moment, Carrère écrit sur son travail une définition très minimaliste et très juste de l’écrivain, que j’aimerais pouvoir reprendre un jour à mon compte : « J’ai écrit trois ou quatre livres où a pris forme ce que j’étais ».