Archive pour septembre 2011
Balzac dans les ananas
23 septembre 2011

J’ai trouvé dans l’essai « Jusqu’à Faulkner » de Pierre Bergounioux (Gallimard, L’Un et l’Autre), la mention selon laquelle Balzac avait un temps songé à cultiver l’ananas en Sicile. J’ignorais qu’il eût eu cette tentation, assez cocasse, qui est à ranger parmi d’autres uchronies aussi vertigineuses, comme celle-là, très rabâchée : que se serait-il passé si Hitler avait persisté dans sa carrière d’artiste peintre au lieu de s’engager en politique ? Balzac a choisi la bonne voie, par pragmatisme plus que par idéal littéraire, et nous ne pouvons que nous en réjouir. Pour le reste, le texte de Bergounioux m’a semblé très abstrus et je n’ai pas saisi quelle était sa nécessité. Par ailleurs, son essai très savant ne m’a pas semblé s’inscrire totalement dans l’approche privilégiée par cette collection originale, visant pour un auteur à « dévoiler les vies des autres telles que la mémoire des uns les invente », à l’intérieur « d’un dialogue, d’un jeu de va-et-vient constituant une connivence entre l’auteur et son objet, le propre de l’un se nourrissant de la fiction et de la quête de l’autre », dans le mesure où Bergounioux s’y dévoilait très peu. Christian Garcin, dans son « J’ai grandi », dans la même collection et que j’ai lu juste avant, s’est inscrit pleinement dans ce cahier des charges et j’ai beaucoup aimé son livre. Je trouve l’approche de la collection de J-B Pontalis intéressante – je me me souviens de très agréables moments passés à lire « Rimbaud le fils » de Pierre Michon, « Le Très-Bas » de Christian Bobin, « Le principe de ruine » de Danièle Sallenave ou « L’ami qui venait de l’an mil » de Claude Roy – et j’aimerais bien lui proposer, un jour ou l’autre, à mon tour, un texte.



Hollywood dépassé par le jeu vidéo
8 septembre 2011

Je suis allé voir récemment dans un cinéma de Rangoun deux des blockbusters de l’été : « La planète des singes : le commencement » et « Cowboys et envahisseurs » – ce qui m’arrive rarement. J’ai du mal à comprendre certaines critiques que j’ai lues et qui les ont sauvés. Tout y est stéréotypé, prévisible, dénué du moindre second degré ou de la moindre ironie – bien que ces derniers critères ne soient pas absolus, on a tout de même du mal à recevoir sérieusement et au premier degré l’histoire de cowboys aidés d’Indiens qui déboutent des extraterrestres du désert américain… Il n’y a rien à redire sur les trucages (motion capture des chimpanzés dans le premier film) mais il y a déjà de nombreuses années qu’ils n’impressionnent plus et ne suffisent plus à porter un film. Tout cela m’amène à la conclusion que ce type de cinéma n’a plus longtemps à vivre, pour les sensations qu’il ambitionne de donner au spectateur, face à l’impressionnante qualité de certains jeux vidéos du moment. Je joue par exemple depuis quelques semaines à l’inépuisable « Red Dead Redemption » (j’y reviendrai) qui fournit la matière scénaristique à vingt films dont je suis le héros ou l’acteur, grâce à un travail époustouflant des programmeurs sur les décors, les textures, les sons etc., et qui relègue un film tel que « Cowboys et envahisseurs » au rang d’aboli bibelot d’inanité. Même un titre vidéoludique moyen comme « Alien vs Predator », où l’on peut jouer successivement dans la peau d’un homme ou de l’une des deux bestioles, de prédateur devenir proie, fournit davantage de sensations que ces films américains surformatés. C’est d’ailleurs là peut-être une chance pour le cinéma authentique qui lui, se défiant des artifices pseudo spectaculaires du cinéma d’action de masse, aura toujours quant à lui une carte à jouer face à la séduction du loisir ou du ludique où la domination des jeux vidéos devient chaque jour plus écrasante. Je me réjouis de cette évolution. Vive le vrai cinéma, vive le bon jeu vidéo !