Archive pour août 2011
Ndiaye, Leiris
26 août 2011

Je viens d’achever la lecture de deux livres : « Rosie Carpe » de Marie Ndiaye et « L’âge d’homme » de Michel Leiris. Jusqu’ici, je n’avais lu de la première qu’ « Un temps de saison », qui m’avait assez plu. J’aurais du mal à dire que j’ai pris du plaisir à la lecture de « Rosie Carpe » et ne pense d’ailleurs pas que ce soit l’objectif recherché par l’auteur. Le livre est sombre, cruel. Les personnages y sont médiocre, voire pervers, à l’image de leur vie irrécupérable, mais le texte est porté par un style d’une impressionnante maîtrise, qui évite toute forme de pathos, qui à aucun moment ne juge mais donne à voir ces tristes destins sous une lumière crue, pisseuse, ce qui accentue sans doute l’effet de malaise produit par le texte. Je peux cromprendre certains rapprochements faits avec Faulkner même si le texte de Marie Ndiaye me semble en l’occurence plus désespéré que ce que ce dernier ait jamais écrit. Comme pour Faulkner, des références bibliques se lisent en filigranes, comme le frère Lazare, double personnage de l’Evangile, à la fois le lépreux et le ressuscité. Bref un livre auquel l’on aurait du mal à s’attacher mais qui s’attache à vous, qui vous colle comme la moiteur de la Guadeloupe où il se situe en partie.

J’ai bien compris à sa lecture à quel point « L’âge d’homme » de Michel Leiris a pu faire figure de jalon dans la littérature dite de confession. Il y mène en effet une tentative assez réussie de déshabillage de ses pulsions, de ses fantasmes, de ses hantises en livrant avec une sincérité que l’on ne peut mettre en doute certains épisodes, souvent peu glorieux pour lui, de son existence, en s’appuyant sur des figures historiques ou mythologiques (Judith, Holopherne, Lucrèce) qui lui en paraissent les allégories. On sent sur lui l’influence de la psychanalyse. Le style est clair et précis sans être affété. Le livre se dévore comme autant de scènes volées au trou d’une serrure. Quelle modernité, au regard par exemple de la supercherie de nos « auto-fictions », alors que Leiris a publié son texte en 1939 ! Un demi hasard fait que je lis aussi, à raison d’un poème de temps à autre, le superbe recueil « Haut Mal », du même.



Impressions malaisiennes
22 août 2011

Je suis revenu il y a peu de trois jours et demi à Kuala Lumpur, qui ne me laisseront pas un souvenir impérissable. Bien sur, par contraste avec la Birmanie, tout y est fonctionel : les cartes bleues sont acceptées, le métro aérien relie facilement les principaux quartiers de la ville, les hôtels sont confortables, les restaurants nombreux et variés. Mais par contraste aussi avec la Birmanie, y fait défaut ce supplément d’âme qui fait tout l’intérêt de certains voyages. Du moins ne l’ai-je pas ressenti durant mes quelques jours en Malaisie qui ne m’ont offert aucune émotion digne d’être relevée. L’identité du pays est ardue à définir, si elle existe. Des affiches dans la ville montrent un petit Malais tenant la main d’une petite Chinoise et d’une petite Indienne sous le slogan « Truly Asia », mais en définitive la juxtaposition de ces multiples héritages ne m’a pas semblé suffisante pour créer une identité culturelle reconnaissable. J’ai eu l’impression, un peu comme à Singapour, de me retrouver dans une Asie édulcorée, un peu fade, ayant renoncer à exister en propre à trop se penser comme la synthèse des mondes malais, chinois et indien. Le retour à l’effervescence et à la richesse de la Birmanie m’a été salutaire !



D’autres films vus
9 août 2011

Voici les derniers films que j’ai vus ou revus (en DVD bien sûr) :

1/ Excellents

- « Soy Cuba ! » de Mikhail Kalatozov (quelle photo, quelle beauté plastique, quels superbes travellings et quels bouleversants flashbacks !)
- « Des hommes et des dieux » de Xavier Beauvois (du très bel ouvrage, rien à dire ; la scène de la Cène avec cet incongru « Lac des cygnes » en musique de fond est profondément marquante)
- « Il Divo » de Paolo Sorrentino (glaçant, drôlissime et superbement réalisé)
- « Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu » de Woody Allen
- « Le temps qu’il reste » d’Elia Suleiman (superbes scènes finales avec sa mère)
- « Les duellistes » de Ridley Scott
- « Les heures d’été » d’Olivier Assayas (alors pourtant que je ne suis pas fan du cinéma d’Assayas)
- « Les petits mouchoirs » de Guillaume Canet (je ne m’attendais pas à grand-chose mais les acteurs sont vraiment formidables)
- « La griffe du passé » (« Out of the Past ») de Jacques Tourneur (avec Robert Mitchum et Jane Greer en femme très très fatale)
- « Il était une fois la révolution » de Sergio Leone
- « Hors jeu » de Jafar Panahi
- « Le criminel » (« The Stranger ») d’Orson Welles
- « Vacances romaines » de William Wyler (comment ne pas tomber sous le charme de la fraîcheur d’Audrey Hepburn ?)
- « L’immeuble Yacoubian » de Marwan Hamed
- « Nosferatu » de Murnau
- « Un singe sur le dos » de Jacques Maillot (très belle prestation de Gilles Lellouche et jolis thèmes de Stéphan Oliva)

2/ Pas mal

- « Le discours d’un roi », de Tom Hooper (classique mais efficace)
- « Black Swan » de Darren Aronofsky (un peu trop sombre à mon goût)
- « Somewhere » de Sofia Coppola (pas son meilleur)
- « Commissaire Bellamy » de Claude Chabrol
- « La route » de John Hillcoat
- « The Killer inside me » de Michael Winterbottom
- « La vengeance dans la peau »de Paul Greengrass
- « L’amour de l’actrice Sumako » de Mizoguchi
- « The Box », de Richard Kelly
- « La femme infidèle » de Claude Chabrol
- « Le dernier gang » d’Ariel Zeitoun
- « Kaboom » de Gregg Araki
- « Irma Vep » d’Olivier Assayas
- « L’illusioniste » de Sylvain Chomet (j’ai de loin préféré « Les triplettes de Belleville »)
- « Biutiful » de Alejandro González Inárritu
- « Potiche » de François Ozon
- « Micmacs à tire-larigot » de Jean-Pierre Jeunet
- « I love you Philip Morris » de Ficarra & Requa
- « Earth» de Deepa Mehta
- « Le nom des gens » de Michel Leclerc
- « L’homme qui voulait vivre sa vie » d’Eric Lartigau
- « Un balcon en forêt » de Nicole Garcia

3/ Navets

- « La belle captive » d’Alain Robbe-Grillet (mais marrant quand même)
- « Toute la beauté du monde » de Marc Esposito
- « Twilight – New Moon » de Chris Weitz
- « Sex and Zen » de Michael Mak
- « Halal police d’Etat » de Rachid Dhibou
- « Le siffleur » de Philippe Lefebvre



Deux romans américains
2 août 2011


J’ai achevé récemment deux livres de deux auteurs emblématiques de la littérature américaine, l’un du XIXème siècle, l’autre du XXème. Ces deux livres appartiennent à la catégorie des « incontournables » et pourtant, peut-être parce qu’ils m’avaient échappé à l’adolescence, ce n’est qu’aujourd’hui que j’ai pu enfin les découvrir.
Le premier, c’est « Moby Dick », certainement le plus grand roman américain, aussi emblématique, aussi total, aussi inépuisable, aussi ample que le « Don Quichotte » et comme lui atteignant à l’universel par le chemin détourné du particulier – ici un capitaine fou en quête de l’absolu représenté par une baleine blanche – là un chevalier de romans qui se bat contre des moulins à vent. Et entre leur folie et le Graal que celle-ci met devant leurs yeux, toujours la même richesse d’aventures portées par une langue et un talent narratif d’une infinie richesse. Il y a des classiques que l’on a envie de classer, d’autres qui sont tout simplement des œuvres majeures, qui ne peuvent pas vieillir, et que l’on peut reprendre ad libitum, à tous âges de la vie, sans en épuiser la substance. « Moby Dick » en fait bien sûr partie.
Depuis le temps que je lis des commentaires à son sujet, j’ai enfin découvert « Tendre est la nuit » de Francis Scott Fitzgerald. Les premiers chapitres sont vraiment d’un grand écrivain, me suis-je dit à la lecture des descriptions de la Côte d’Azur qui pour certaines, dans leur précision, ont quelque chose de « nabokovien ». Comme cet homme en peignoir bleu qui fait son apparition à la première page du roman : « L’hôtel et le tapis de prières de sa plage forment un tout. Au petit jour, l’image de Cannes à l’horizon, l’ocre rose de ses vieux remparts, la dent mauve des Alpes qui ferme l’Italie se réfléchissent dans la mer, et le clapotis insensible des algues, qui tapissent les fonds, agite ces reflets de petits cercles paresseux. Vers huit heures, un homme en peignoir de bain bleu apparaît sur la plage. Après force préliminaires, pour que son corps se fasse à la fraîcheur de l’eau, il barbote une courte minute, à grand renfort de grognements et de halètements sonores. Puis il rentre à l’hôtel et tout redevient calme, la plage et la baie, pendant plus d’une heure. » (traduction de Jacques Tournier). Malheureusement, le style ne suffit pas à porter le livre jusqu’au bout et, au-delà de quelques scènes ou portraits bien vus, l’attention se relâche et j’ai presque eu du mal à finir le roman, m’étant en chemin désintéressé de l’histoire du docteur Dick Diver (en qui je vois le double de l’écrivain) et de son épouse Nicole – alias Zelda. Bref, j’ai de beaucoup préféré «Gatsby le magnifique».