Archive pour mai 2011
Musées toujours, intimes.
18 mai 2011

J’ai lu que s’était ouvert à Zagreb un Musée des coeurs brisées, qui rassemble des objets sans valeur mais chargés de souvenirs communs laissés par les couples brisés. Chacun peut y amener les objets de son choix, liés à une rupture sentimentale, à une passion éteinte. Le rassemblement hétéroclite de tous ces objets doit faire un drôle d’effet sans la connaissance des souvenirs qui les sous-tendent, et l’imagination seule à même de les recréer doit fonctionner à plein régime devant telle montre, tel vase, tel étui à cigarette, telle casquette en laine, telle statuette en os, tous instruments jadis de la passion, aujourd’hui inertes, anonymes, déchargés de leur mana. Jeu : quel objet confieriez-vous à un tel musée ?
Dans le même ordre idée, il ne m’a pas échappé que le dernier roman d’Oran Pahmuk traduit en français, Le Musée de l’innocence, porte aussi sur le musée intime d’un homme qui livre au public les objets qui ont marqué sa plus belle histoire d’amour et que, fétichiste, il a dérobé à son amoureuse tout au long de leur histoire – afin peut-être d’en exorciser la prégnance douloureuse.



Nostalgie muséale
16 mai 2011

L’un des inconvénients de mon expatriation birmane est de me tenir éloigné de musées dignes de ce nom – à Rangoun, ce n’est pas le musée national ni le musée de l’armée qui pourraient présenter un quelconque intérêt à mes yeux, autre qu’au second degré ou pour servir d’arrière-plan à un roman. Je viens de réaliser que ma dernière visite à un musée d’art remonte…à mai 2010. De retour de Tasmanie, je m’étais alors arrêté à Sydney et avais pu découvrir quelques belles toiles à la « Art Gallery » des Nouvelles Galles du sud, plantée au milieu d’un très agréable parc qui fait un peu penser à Central Park : une nature morte de Laurens Craen avec paysage à l’arrière plan, un autoportrait de Rubens de 1623, un Monet de 1887 (Port-Goulphar Belle-Île), un Bonnard de 1920 (Buste de profil sur fond rouge), un Francis Bacon (Etude pour autoportrait, 1976). Et puis deux très beaux tableaux dont j’ai trouvé la reproduction et qui illustrent ce message : Nocturne in Grey and Silver de Whistler, et Le veuf de Tissot, qui allie grâce, mélancolie, et mystère (l’homme regarde cette immense plante semblable à de la rhubarbe comme s’il s’agissait de sa femme défunte) – et invite l’imagination romanesque à écrire l’histoire de ce veuf portant sa petite fille dans ce jardin si prolifique, si maternel.
Je serai à Paris en juin. J’ai déjà noté d’aller voir l’exposition Manet au Musée d’Orsay, Odilon Redon au Grand Palais et des frères Caillebotte au Musée Jacquemart-André – sans oublier, dans un autre registre, l’exposition Kubrick à la Cinémathèque française ! Vivement juin !



Pour Michael C. Hall
2 mai 2011

Je ne crois pas avoir exprimé ici toute l’admiration que je voue à certaines séries américaines relevant de cette « nouvelle vague » née il y a maintenant presque dix ans sur les chaînes câblées américaines comme HBO, et dont chaque épisode excède souvent en qualité et en inventivité ce que le grand écran a de meilleur à proposer, à tel point qu’entre visionner un long métrage et regarder un nouvel épisode de ma série préférée, mon choix est vite fait ! A la différence de certains de mes amis, je ne suis cependant pas du genre boulimique : je me délecte de chaque épisode, repoussant le moment de voir la saison – puis la série – s’achever, et de devoir quitter des personnages auxquels j’ai eu le temps de m’attacher si profondément. Ce fut par exemple le cas pour « Six Feet Under », série culte s’il en est, dont les personnages si finement campés m’accompagnent encore alors que plusieurs années se sont écoulées depuis que j’ai vu le superbe dernier épisode de la saison 6. C’est encore le cas pour les « Sopranos » : j’en ai visionné les cinq premières saisons, j’ai en stock la sixième et dernière, et je repousse le moment de l’attaquer. Je sais par avance que je vais aimer « The Wire » ou « Mad Men », dont j’ai déjà acquis les premières saisons.
Actuellement, je me délecte de la quatrième saison de « Dexter », dont j’applaudis l’audace et la subtilité permanentes. Tout semblait avoir déjà été fait en matière d’histoires de tueurs en série : il ne manquait qu’une idée, géniale, vertigineuse, borgésienne, ultime, et les scénaristes de la série l’ont eue : celle d’un serial killer de serial killers, d’un serial killer au carré. Le personnage principal est porté avec une finesse inouïe par Michael C. Hall, qui avait déjà incarné de façon inoubliable David Fisher, le fils homosexuel de la famille d’entrepreneurs de pompes funèbres de « Six Feet Under ». Cette fois-ci, l’acteur a troqué pulsion homosexuelle contre pulsion meurtrière et son jeu est toujours aussi saisissant, aussi effroyablement crédible, d’une subtilité étourdissante. Je lui dis un grand bravo et m’incline devant autant de talent !