Archive pour mars 2011
L’horreur toujours
22 mars 2011

Pour mieux comprendre ce que j’évoquais dans mon précédent message, je livre quelques photos supplémentaires prises à S-21 et à Choeung Ek, qui se passent bien évidemment de commentaires.



Carrelage maudit
21 mars 2011

C’est un carrelage anodin sur lequel un clair soleil de milieu d’après-midi projette l’ombre élongée de barreaux. Cela pourrait être le carrelage de n’importe quelle salle de classe ; c’est en fait le carrelage d’un des pires lieux de barbarie qui fût : Tuol Sleng, ancien lycée devenu centre de détention et de torture sous le régime de Pol Pot, plus connu sous le sigle de « S-21 », aujourd’hui musée du génocide. J’y étais le 28 février dernier. L’endroit était d’autant plus glaçant que les bâtiments ont été laissés en l’état. Mon esprit ne pouvait s’empêcher de susciter les scènes d’horreur dont les murs – parfois encore maculés de sang séché – et le carrelage ont été les témoins. Il y était aidé par certaines photos représentant les découvertes macabres faites à la libération de la prison, en 1979, et qu’on trouvait dans certaines salles en vis-à-vis d’hideux sommiers métalliques. Au rez-de-chaussée, des enfilades de portraits en noir et blanc des femmes, des jeunes hommes, des enfants qui ont passé par ces geôles, dont l’accumulation vertigineuse fascine autant qu’elle dérange. Le silence était presque parfait dans ces salles claires où je déambulais seul, éclairées d’une belle lumière qui portait le parfum de deux ou trois frangipaniers en fleurs, dans la cour, à côté d’une structure en bois ayant servi de piloris aux tortionnaires, et de deux jarres où on leur plongeait la tête pour les ranimer lorsqu’ils s’étaient évanouis. Tuol Seng est l’un des lieux les plus impressionnants qu’il m’ait été donné de voir.
La veille, je suis allé en tuk-tuk à Choeung Ek, à quinze kilomètres au sud-ouest de Phnom Penh. Là est le lieu où les prisonniers que les interrogatoires S-21 n’avaient pas achevés étaient conduits pour être exécutés. C’est un joli coin de nature. Un impressionnant monument commémoratif a été dressé, contenant, dans un haut sarcophage de plexiglas que les visiteurs ne peuvent faire autrement que de frôler, les crânes et les ossements de milliers de victimes. Faire le tour du parc revient à déambuler entre charniers et fosses communes. On y voit un tronc sur lequel les nourrissons étaient fracassés devant leur mère, et un grand arbre noueux, qu’une pancarte désigne comme « l’arbre magique », aux branches duquel étaient accrochés des haut-parleurs censés couvrir les hurlements des victimes.
Et hier, j’ai regardé le DVD de « S-21, machine à tuer » de Rithy Panh, un documentaire glaçant dans lequel d’anciens tortionnaires de la prison se souviennent et rejouent leur quotidien de monstres obéissants devant des survivants qui ne comprennent pas les raisons de leur soumission aveugle à la Barbarie.
Mais le Cambodge, ce n’est heureusement pas que cela, et je reviendrai ultérieurement sur ce beau séjour dans ce pays attachant. La vie et les épisodes que j’en voudrais rapporter dans ce blog – le tremblement de terre du Japon, ma rencontre avec Aung San Suu Kyi… – va malheureusement trop vite pour j’arrive à suivre (surtout avec l’Internet birman qui ne marchait pratiquement pas la semaine dernière) mais je promets de faire de mon mieux.