Archive pour décembre 2010
Ôtez donc cette poussière !
30 décembre 2010

J’ai écouté il y a déjà quelque temps sur France Culture une émission intéressante au cours de laquelle l’historien Paul Veyne évoquait de très belle manière les dieux d’Epicure. Voici la retranscription de son intervention : « C’est très drôle les dieux d’Epicure. La preuve que les dieux existent, c’est que beaucoup d’hommes en ont vu en rêve. Or on ne peut pas rêver de n’importe quoi : il faut que les atomes venus des dieux aient frappé les atomes ronds de notre tête pour que nous puissions rêver des dieux. Certains les ont entendus parler dans leurs rêves. Eh bien ils parlent une langue proche du grec ! Mais alors, me direz-vous, comment se fait-il que les dieux soient immortels ? Nous, il nous tombe sans arrêt sur le corps des atomes, et certains de ces atomes sont mortels, sont létiphères. Et les dieux ? Quand ils reçoivent un atome mortel, ils s’époussètent ! »



Le gâteau démocratie
27 décembre 2010

Pour Noël, la Ligue Nationale pour la Démocratie, parti d’Aung San Suu Kyi, a envoyé à l’Ambassadeur de France un joli gâteau que ce dernier a apporté lors d’un dîner que j’ai organisé la semaine dernière chez moi. Son dessus représentait le coq combattant, emblème du parti. Epais d’apparence, il s’est avéré très léger et très moelleux lorsque nous l’avons dégusté.



De la virginité en Indonésie
22 décembre 2010

Le film « Virgin » de Hanny Saputra, non distribué en France mais que j’ai vu récemment en DVD, est révélateur des tiraillements auxquels est soumise la société indonésienne quant il s’agit de la morale et de la sexualité. Il montre un groupe de trois (adorables) lycéennes. La première vend sa virginité pour de l’argent de poche, puis se prostitue et s’en trouve très malheureuse. La deuxième a une sexualité libre et assumée mais se fait piéger et une vidéo de ses ébats se retrouve diffusée sur la place publique à sa plus grande honte. La troisième, érigée bien sûr en modèle, résiste à la pression et se bat pour garder coûte que coûte sa virginité. La chanson du film, « Aku Perawan » (Je suis une vierge), qui deviendra un tube en Indonésie, est à cet égard édifiante :

« Je suis une vierge
Je ne le regrette pas
Suis-je ennuyeuse parce que mes perspectives sont différentes ?
Suis-je marginale parce que je n’adhère pas à vos principes ?
Je me fiche de savoir si je suis vieux jeu
Pour moi, la virginité est quelque chose auquel il faut s’accrocher
Et je suis sûre que Dieu me donnera la meilleur place
Je suis une vierge »



Consécration
15 décembre 2010

Vian dans la Pléiade ? Voilà une bonne nouvelle !



Des films en vrac
14 décembre 2010

Une connexion Internet des plus capricieuses ne me permet malheureusement pas de contribuer à ce blog aussi souvent que je le souhaiterais. Parmi les films vus ces derniers jours, une mention spéciale au « Cheikh blanc » de Fellini, excellente comédie qui me paraît quelque peu sous-estimée par rapport à d’autres films ultérieurs du Maître. Ah, la scène où la jeune ingénue découvre le cheikh blanc (Alberto Sordi) se balançant au-dessus d’elle entre deux pins, en chantant à gorge déployée ! Le jeu de Leopoldo Trieste, qui interprète le pauvre mari, est par ailleurs très jubilatoire et nombre de situations sont proprement felliniennes.
Vu aussi « La grande bouffe » de Marco Ferreri, qui a pas mal vieilli et a du mal à (me) choquer.
« Le plaisir » de Max Ophuls m’en a donné beaucoup. Mon DVD Critérion ouvrait le film par une présentation très intelligente de Tod Haynes, très fin connaisseur du cinéma des années 50.
« Rushmore » de Wes Anderson m’a amusé sans me passionner (le réalisateur s’est beaucoup amélioré depuis ce film).
Enfin, j’ai apprécié la très belle photo en noir et blanc de « La pointe courte », premier film d’Agnès Varda. J’ai trouvé assez justes les échanges entre Philippe Noiret (son premier rôle au cinéma) et Silvia Monfort sur le thème de l’usure du couple. Dans ce film, Agnès Varda manifeste déjà une attention prononcée pour les objets ou êtres étranges et esseulés (un drôle de râteau trouvé sur une plage, des anguilles, des chats dans la lumière, du linge qui sèche au vent, un panier troué), ainsi qu’un goût documentaire pour la vie quotidienne des pêcheurs de ce petit port de Méditerranée. Tout à coup, je réalise l’incongru de certaines de mes soirées : je regarde un film d’Agnès Varda en dégustant des calissons à Rangoun.



Alter ego
9 décembre 2010

Dans une interview lue récemment, le cinéaste Raoul Ruiz relève ce phénomène intéressant : « Au Chili, les gens se ressemblent physiquement. Au pays souvent ils pensent me reconnaître alors que je suis encore à Paris ».
Je trouve intéressante cette idée de pays où les gens se ressemblent. Une liste gagnerait à en être dressée. A quoi ces ressemblances tiennent-elles ? Quant au thème du sosie, du double, il est bien sûr inépuisable et son vertige, quand on y est confronté soi-même, est toujours aussi puissant. Plusieurs fois, des connaissances ont cru m’apercevoir en des lieux où je n’étais pas, ce qui n’a pas laissé de m’inquiéter durablement.



L’élégance absolue
1 décembre 2010

Caetono Veloso chantant « Estranha Forma de Vida » dans le film musical « Fados » de Carlos Saura :

« C’était la volonté de Dieu
Que je vive avec cette anxiété
Toutes les lamentations sont miennes
Toute l’attente est mienne
Quelle étrange forme de vie
Possède ce coeur qui est le mien
Il vit une vie perdue
Qui lui donnera de l’ordre
Quelle étrange forme de vie
Coeur indépendant
Coeur que je ne contrôle pas
Il vit perdu au milieu des gens
Saignant obstinément
Coeur indépendant
Je ne vais pas continuer à te suivre
Arrête, cesse de battre
Si tu n’en peux mais
Où vas-tu ?
Pourquoi persistes-tu ainsi
Je ne te suivrai plus davantage »